Mort d’un couple

Judith vient de se faire virer de son travail d’infirmière. Vivant dans l’ombre d’un mari égotique, la jeune femme va trouver dans sa liberté nouvelle l’accomplissement. Sur un fond brûlant d’actualité, cette métaphore de l’acharnement sentimental d’un couple manque d’inspiration dans sa mise en forme. Reste l’interprétation d’Isabelle Carré, parfaite une fois de plus. 1h38

A.Lo.
Mort d’un couple
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Journée pourrie pour Judith. Elle se fait virer de son boulot d’infirmière, et alors que son patron est en train de négocier avec elle une sortie honorable, son mari Roland la rappelle à l’ordre : elle est en retard pour une représentation à l’opéra. Roland, ex-journaliste musical tentant un retour à l’avant-plan, n’est d’ailleurs pas tendre avec son épouse, à qui il reproche son manque de courage, et qu’il rabaisse inconsciemment. Judith craint tellement Roland qu’elle lui cache la vérité. Pourtant, Roland va rapidement soupçonner quelque chose. Et découvrir qui est vraiment la femme avec laquelle il vit.

Derrière le scénario de "Rendez-vous avec un ange", il y a un débat de société. Le suspense ne dure guère et est même transparent dès la scène d’ouverture : Judith abrège les souffrances des patients qui le lui demandent. Plutôt qu’un film à thèse, Sophie De Daruvar et Yves Thomas ont choisi une approche plus intimiste. C’est d’abord l’histoire d’un couple et le portrait d’un homme et d’une femme, chacun à la dérive. Mais le récit est trompeur : Judith, a priori la faible, trouve dans sa mise à pied une liberté nouvelle et gagne en confiance à chaque nouvel acte posé. Tandis que Roland, pétri de certitudes, va accomplir le chemin inverse, jusqu’à l’extrême.

La proposition est séduisante, mais la mise en œuvre n’est pas aboutie. A force d’opérer des changements de points de vue - de Judith à Roland -, la partition sombre dans l’arythmie. Plus gênante est l’artificialité de l’écriture et de la mise en scène : trop de coïncidences, trop de présupposés. Le couple formé par Judith et Roland est, notamment, peu crédible - ils sont à ce point étrangers l’un à l’autre qu’on ne perçoit jamais ce qui a pu un jour les unir, sauf à croire en une sacrée dose de masochisme dans le chef de Judith. Là où l’euthanasie sert aussi de métaphore à la mort du couple, celui-ci est filmé d’emblée comme un mort-vivant, rendant finalement incongru l’argument dramatique. Enfin, si Isabelle Carré compose une nouvelle fois un personnage extraordinairement touchant - la scène avec la grand-mère (Claude Winter) est remarquable -, Sergi López est, ici, trop théâtral dans la majorité de ses scènes - la faute sans doute à une réalisation dénuée d’inspiration.


Rendez-vous avec un ange Réalisation et scénario : Sophie De Daruvar et Yves Thomas. Avec Isabelle Carré, Sergi López, Maya Sansa 1h38.