Mariage à l’américaine

De la "proposal" au "You may kiss the bride", le mariage à l’américaine est une exténuante course de fond(s). Au scénario et devant la caméra, Kristen Wiig — une révélation comique — livre une comédie matrimoniale décapante autour des demoiselles d’honneur. Avec un mauvais esprit absolument réjouissant. 2 h 05

Fernand Denis
Mariage à l’américaine
©Suzanne Hanover

Si on croit le cinéma américain, le mariage au pays de l’oncle Sam - de la "proposal" à "you may kiss the bride" - est une exténuante course de fond(s) qui a de quoi tester la sincérité des candidats. La plupart des épreuves imposées sont bien connues des spectateurs. Du brûlage de culottes - qui peut déboucher sur un "Very bad trip" - à l’essayage de "27 dresses" de mariage. "Bridesmaids" s’inscrit dans cette ligne matrimoniale en s’intéressant aux demoiselles d’honneur, avec un mauvais esprit absolument réjouissant.

Il y a bien longtemps que le coucou de la trentaine a sonné et, enfin, Lilian peut s’exhiber, non pas le petit doigt en l’air, mais bien l’annulaire où brille enfin une "engagement ring". Annie, sa meilleure amie est la première informée pour se voir confier la mission suprême, celle de première demoiselle d’honneur. Elle sera donc en permanence à ses côtés pour l’épauler, la conseiller, apporter des idées originales, gérer la parfaite organisation de ce marathon, depuis la ligne de départ jusqu’au plus beau jour de la vie de son amie.

Mais à la fête de fiançailles, Annie découvre que Lilian a une nouvelle amie, avec beaucoup d’entregent, beaucoup d’argent, beaucoup de sens de l’organisation et beaucoup d’envie de prendre l’affaire en main et d’apparaître comme la meilleure amie de la future mariée.

Bonjour le crêpage de chignons, évidemment; mais aussi un regard quasi ethnologique sur le cérémonial du mariage aux Etats-Unis. Il s’agit autant d’exposer les différentes phases d’un rituel de plus en plus délirant que de montrer la véritable chasse à l’homme dans laquelle se lancent les trentenaires célibataires.

Le thème n’est pas original, mais le ton l’est résolument, celui d’une charge résolument adulte, menée avec un langage cru, un humour féroce, un trait incisif. On n’est pas chez Walt Disney, ni dans la comédie potache mais dans une vision décapante de l’Amérique.

Mais ce n’est pas tout, il y a une apparition, une révélation : Kristen Wiig. Il faut la voir péter les plombs dans l’avion ou chercher à attirer par tous les moyens l’attention d’un policier de la route. Elle se tire de toutes les situations -même les plus scabreuses-, avec une drôlerie ravageuse, un peps décalé, un grain de folie mais aussi une sensibilité qui donne à son personnage une épaisseur, une humanité. Voire même l’authenticité d’une expérience personnelle car elle est aussi l’auteur du scénario.

Et dire qu’on allait à la rencontre de ces "Bridesmaids", non pas à reculons, ni même avec des pieds de plomb, mais tout de même sans illusion; la production étant signée Apatow ("40 ans toujours puceau", "en cloque", "Funny People"). On le savait capable de réaliser et de produire le pire, voici donc le meilleur.


Mes meilleures amies ***Réalisation : Paul Feig. Scénario : Kristen Wiig, Annie Mumolo. Production : Judd Apatow. Avec : Kristen Wiig, Maya Rudolph, Rose Byrne, 2h05