Virzi n’est pas Risi

Au chevet de sa mère, mourrante, Bruno se souvient des amours agitées de celle-ci. Paolo Virzi revisite la comédie et les divorces à l’italienne du point de vue du gosse. Essai intéressant, mais Virzi n’est pas Risi et hésite entre deux registres - comédie ou drame - sans trancher ni réussir leur alchimie. 1h51 (A.Lo.) (LLC n°31)

A.Lo.
Virzi n’est pas Risi

C’est un pur hasard, mais on n’a pas pu s’empêcher de sourire avec la première image de ce film : produit par Medusa, filiale de l’empire audiovisuel de Berlusconi, "La Prima Cosa Bella" s’ouvre par sur un concours de beauté, l’élection de la "Maman de l’été 71", dans une station balnéaire. Attitudes grivoises des animateurs, rires gras et gestes déplacés de l’assistance : le petit Bruno est furieux de la passivité de sa mère, Anna, élue de circonstance. Son père, passé sa prime fierté de mâle, déchante aussi rapidement. Près de quarante ans plus tard, Bruno se remémore ces instants douloureux, alors qu’Anna est en phase terminale d’un cancer. Au gré des flash-backs, on découvre la séparation des parents et la longue quête de l’amour d’une ravissante idiote qui rêvera de cinéma, d’amour et d’eau fraîche ou se perdra dans un ménage à trois. Bruno, sa sœur et Anna tentent de rattraper le temps perdu.

Dramédie molle, "La Prima Cosa Bella" essaie de s’inscrire comme le pendant des comédies de mœurs italiennes des années soixante-septante : que seraient devenues les femmes libres incarnées par Sophia, Gina et Cie en vieillissant ? Sur leur lit de mort, auraient-elles ri ou pleuré sur leurs amours de jeunesse ? Paolo Virzi assume la filiation en envoyant Anna faire de la figuration sur "La femme du prêtre" de Dino Risi (moyennant un léger anachronisme : le film date de 1970).

Mais tel Bruno, éternel angoissé dépressif, le récit manque de mordant et le réalisateur, se résignant à une tendance fâcheuse du cinéma italien contemporain, relègue hors champ toute peinture sociale pour ne retenir que l’anecdotique. Restent les chromos sans singularité d’une époque révolue et une vision désincarnée de l’Italie actuelle. Sur un thème similaire, le comédien Kim Rossi Stuart avait réalisé l’autrement inspiré "Libero", en 2006.

Réalisation : Paolo Virzi. Scénario : Paolo Virzi, Francesco Bruni, Francesco Piccolo. Avec : Stefania Sandrelli, Valerio Mastandrea, Micaela Ramazzotti, 1h51