Daniel Craig n’est pas qu’un numéro

La mise entre parenthèses du 23e James Bond en avril 2010, suite aux déboires financiers de la Metro-Goldwyn-Meyer, a placé Daniel Craig face à une année sabbatique inattendue. Du coup, l’acteur a pu en profiter pour incarner le version américaine de Mikael Blomkvist, dans le remake du premier épisode de "Millenium".

Alain Lorfèvre
Daniel Craig n’est pas qu’un numéro
©Zade Rosenthal

Envoyé spécial à Locarno

La mise entre parenthèses du 23e James Bond en avril 2010, suite aux déboires financiers de la Metro-Goldwyn-Meyer, a placé Daniel Craig face à une année sabbatique inattendue. Du coup, l’acteur a pu en profiter pour incarner le version américaine de Mikael Blomkvist, dans le remake du premier épisode de "Millenium" réalisé par David Fincher, incarner virtuellement Rackham le Rouge pour "Les Aventures de Tintin" de Steven Spielberg (nous y reviendrons) et faire un petit tour dans l’Ouest pour casser de l’extraterrestre dans la série B estivale, "Cow-boys et Envahisseurs", qui sort ce mercredi en Belgique (lire notre critique en "Libre Culture"). C’était un 007 qui ne faisait pas son numéro, par ailleurs très détendu, que nous avons rencontré sur les bords du lac Majeur, en marge du festival de Locarno, le 6 août dernier.

Quelle fut votre première réaction lorsqu’on vous a soumis le scénario de “Cow-boys et Envahisseurs” ?

Je pensais que ce serait une parodie. J’étais intrigué. Et j’ai été agréablement surpris de découvrir que, si la dimension décalée était effectivement présente, le traitement du récit se faisait au premier degré. Si on s’attache aux personnages, je crois qu’on peut vraiment éprouver une sensation de réalisme face à certaines scènes du film. C’est un spectacle immersif.

Comment vous êtes-vous métamorphosé en cow-boy ?

Je suis fan de western. Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu interpréter un cow-boy. Et je suis content d’avoir pu concrétiser ce rêve. Je construis mes rôles essentiellement en observant les gens. Nous avions la chance d’avoir sur le tournage d’authentiques cow-boys, qui travaillaient notamment pour les cascades. Le costume aide, aussi. Nous avions une excellente costumière, qui venait de faire "True Grit", des frères Coen. Nous avons tenté de donner un look authentique au film, même si c’est un pur film de science-fiction.

Il y a quelques années, vous déclariez aspirer à faire des films d’auteurs. Maintenant, avec les James Bond, vous semblez cantonné aux films d’action.

Ce n’est pas vraiment intentionnel. Et puis appelleriez-vous "Millenium" un film d’action ? C’est un thriller où je joue un journaliste. J’essaie de trouver un équilibre. Mais c’est excitant parce que j’ai l’opportunité de faire des films que je n’aurais jamais imaginé faire il y a encore cinq ou six ans. Les bons films sont rares. Mais je reste attentif. J’aimerais bien faire des films d’auteur. Mais je ne peux pas décider d’en tourner un le mois prochain. Il faut d’abord trouver le bon projet. Dans ce cas-ci, comme je l’ai dit, j’avais toujours eu envie de jouer un cow-boy et le scénario m’a plu. J’ai sauté sur l’occasion.

Votre physique très viril et votre association avec Bond vous assimilent à une figure de dur à cuire. Est-ce toujours facile de porter cette image ?

Je suis un acteur, je ne suis pas ces personnages. Des gars aussi durs n’existent pas dans la vraie vie. Mais c’est drôle de les jouer. Ils savent toujours comment se sortir de n’importe quelle situation, presque instinctivement, comme ici, dans la scène d’ouverture. Croyez-moi, quand je suis dans ma cuisine, je sue aussi sur les boîtes de conserve. Et je ne fais pas une dépression parce que je n’arrive pas à ouvrir une porte d’un coup de pied. C’est l’un des plaisirs du métier d’acteur : on joue à être quelqu’un d’autre, on change de peau. D’où l’intérêt, aussi, d’essayer de conférer à des personnages comme Jake ou Bond une forme de fragilité, une fêlure, qui les rend plus humains. Je crois que c’est un des grands apports du nouveau Bond, qui n’est plus le type infaillible qui sauve le monde dès le prégénérique. Le scénario du prochain épisode est très intéressant de ce point de vue-là. On vient seulement d’en terminer l’écriture. Ce fut un work in progress. Ce dont je suis très heureux, c’est qu’il y a une véritable histoire, un récit.

Quelle approche a Sam Mendes de Bond ?

Il s’est plongé dans tous les romans. Il s’immerge profondément dans l’univers de Bond. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois afin de partager notre vision du personnage. Cela vous paraîtra une banalité, mais il a l’ambition de réaliser plus qu’une suite ou un 23e épisode. Il veut livrer le meilleur Bond qui soit, un film qui fasse date. Nous voulons faire justice au statut du personnage.

Vous semblez vous impliquer profondément dans la production du film...

J’essaie, oui. C’est un investissement nécessaire, parce que chaque Bond représente deux ans de ma vie. Je préfère ne pas les gâcher avec un scénario médiocre. Puisque je suis lié à son destin pour encore au moins trois épisodes, celui-ci inclus, autant m’y investir à fond et jouer dans un film auquel je crois.

1. "Quantum of Solace" fut tourné pendant la grève des scénaristes, de 2007-2008.


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