Les prisonniers du désert

Cowboys&Aliens: Tout est dans le titre de ce film improbable qui aurait pu être drôle, mais se limite à son argument d’ actioner de l’été. La prime ? Le duel Indiana Jones et 007. Où Harrison Ford et Daniel Craig tirent chacun leur épingle du jeu, dans leur registre respectif. 1h58.

A.Lo.
Les prisonniers du désert
©thimoty white

Projet aussi improbable que culotté, "Cowboys&Aliens" affiche sans vergogne ses références, quitte à mettre la barre trop haut : un peu de "La Prisonnière du désert", de John Ford, une once de "Predator" nappé d’une louche de "Rencontre du troisième type" - avec, en gros clin d’œil, un bateau échoué en plein désert. Pendant la première demi-heure, Jon Favreau jongle avec bonheur avec ses modèles. Mais comme avec "Iron Man", Favreau ne parvient jamais à retrouver cette excitation initiale, gâchant une nouvelle fois le climax de son film dans une mise en scène, une narration et un montage classiques, sinon téléphonés.

Tout est dans le titre, et un peu trop, même. Il y a d’autant moins de surprises à attendre que la bande-annonce, comme trop souvent, a défloré la révélation du film. Au temps, donc, pour le suspense, malgré l’ouverture sur un homme sans nom (Daniel Craig) qui se réveille amnésique dans le désert du Nouveau-Mexique, un drôle de bracelet à la main et la hanche transpercée. Trois patibulaires qui passaient par là sont étendus raides morts pratiquement à mains nues. Poussant jusqu’à Absolution (!), première bourgade à l’horizon, ce Jason Bourne de l’Ouest découvre que sa tête est mise à prix. Comme entre-temps, il a donné une leçon au sale gosse du potentat d’éleveur local, le colonel Dolerhide (Harrison Ford, voix rauque, bouche pâteuse et œil mauvais), il se retrouve avec une double dose d’ennuis sur les bras. Qui s’aggravent (ou s’allègent, question de point de vue) quand l’attaque nocturne d’un escadron de machines volantes et l’enlèvement de la moitié de la population de la ville par des lassos d’acier, tel du vulgaire bétail, forcent l’alliance de la belle (Olivia Wilde), de la brute (au cœur tendre quand même) et du truand (pas tant que ça).

Tout auréolé des succès des deux "Iron Man", Jon Favreau fait ce qu’il veut, et sans nuance. Tout cela n’est pas sérieux et pourrait être drôle, mais ne l’est qu’involontairement, car le plus souvent au premier degré. Indiana Jones a vieilli et James Bond reste monolithique. L’énaurme des situations (l’alliance se complète bientôt d’une bande d’outlaws et d’une tribu navajo) n’est pas assumé et en devient donc ridicule.

Les acteurs paraissent un peu perdus au milieu des effets spéciaux : ils en font trop ou pas assez. Leur interaction est vite étouffée par les péripéties et quand ils se rappellent que, pour un garçon vacher du XIXe siècle, une machine volante ou un laser sont synonymes de machines du diable, c’est pour s’y adapter plus vite qu’un ado avec une nouvelle console de jeu. Les aliens sont certes bien foutus, mais n’ont rien d’originaux non plus, et l’inévitable bataille finale est longuette et convenue.

Bref, ce qu’il y a encore deux décennies aurait été une série B de l’écurie Corman franchement poilante n’est qu’un popcorn movie (ça, au moins, Favreau l’assume) boursouflé, qui restera sans doute une curiosité pour anthologies futures du western et de la SF.


Cowboys&Aliens Réalisation : Jon Favreau. Scénario : Roberto Orci, Alex Kurtzman, d’après Scott Mitchell Rosenberg. Avec Daniel Craig, Harrison Ford, Olivia Wilde, Sam Rockwell, 1h58.