Habemus Papam, la crise de foi

Au moment d’apparaître au balcon de la Place saint Pierre, le nouveau pape s’enfuit. Un psychanalyste est appelé. Nanni Moretti signe une comédie respectueuse sur un homme qui doute mais aussi une rencontre manquée entre âme et inconscient. 1h44

Habemus Papam, la crise de foi
©D.R.
Fernand Denis

Le pape est mort, un nouveau pape est appelé Mais personne ne se bouscule pour enfiler la soutane blanche. Il y a bien un cardinal qui manœuvre depuis qu’il est enfant de chœur sans doute, mais les autres n’en veulent pas.

Et cela tombe sur Melville, lequel faisait tout pour être transparent. Dieu a décidé, et le modeste ecclésiastique ne peut pas refuser. Mais quelques instants avant d’apparaître au balcon, de saluer les dizaines de millions de pèlerins massés place Saint-Pierre, de croyants agglutinés devant leur télé, sa sainteté pousse un déchirant cri papal et s’enfuit dans ses appartements.

Voilà le rituel séculaire décapité à son climax. La procession écarlate des cardinaux, le conclave dans la chapelle Sixtine, les fumées noires, la fumée blanche et le pape qui n’apparaît pas il faut un génie de la com’ pour sauver le morceau au prix d’un mensonge - pieux, bien entendu -, parlant d’une retraite de prières du saint-père. En fait, on a fait venir dare-dare et incognito un psychanalyste pour aider le nouveau pape tétanisé par la tache.

Mais l’homme se révèle plus gériatre que psy, s’attachant à animer avec un peu de sport cette assemblée de vieux messieurs. Un deuxième psy est sollicité, mais comme c’est une femme, le pape devra être exfiltré hors de l’enceinte du Vatican, l’occasion pour le saint homme de fausser compagnie aux gardes suisses et de se fondre dans la ville, parmi les gens.

Il ne fallait pas désespérer de Moretti qui réalise là son meilleur film depuis dix ans, depuis la "Chambre du fils". Il réussit ce qu’on pourrait appeler une comédie respectueuse. En effet, tout le tralala catholique romain - avec son défilé de primats, ses gardes de carnaval, sa misogynie viscérale et son actualité pédophile - avait de quoi stimuler l’ironie.

Le réalisateur évite ce piège, renonce à la charge facile et attendue, pour organiser plutôt la rencontre de la religion et de la psychanalyse, le choc du confessionnal et du divan, le rendez-vous de l’âme et de l’inconscient. Cette idée formidable, Moretti se contente cependant de l’effleurer pour en tirer quelques gags, visualiser aussi sa réflexion sur l’Eglise et l’interroger sur la place de son chef. Dans l’annexe gériatrique d’une attraction touristique ou parmi son troupeau ?

Toutefois, le Vatican n’est sans doute qu’un décor, symbolique et imposant, pour mettre en scène une crise de foi. Avec un grand F pour le pape, un petit pour tous les autres. Mais c’est la même chose : suis-je la bonne personne au bon endroit ? Avec simplicité, intensité, humanité, Michel Piccoli incarne un homme qui doute avoir les capacités, la vision nécessaire à la fonction.

Le premier semestre a été marqué par le "Discours d’un roi", le destin d’un homme qui cherche sa voi(x-e) pour exercer le pouvoir; et voici qu’au second, c’est le destin d’un homme qui cherche sa foi, car il ne se sent pas à la hauteur des responsabilités qui lui tombent du ciel.

Avec légèreté et finesse, Moretti mixe humour et analyse, réussissant un film pertinent, universel et profond comme peut l’être Michel Piccoli, bouleversant de sincérité et d’innocence. Tout le contraire de Moretti qui ne peut s’empêcher de tirer la couverture à lui, occasionnant une dommageable chute de rythme en trouvant des vertus cardinales à un tournoi de volley.

Et dans un pays qui attend un gouvernement depuis plus de 400 jours, l’idée du conclave a de quoi séduire. Si on enfermait nos députés au Parlement avec interdiction d’en sortir tant qu’il n’y a pas de gouvernement, la crise ne durerait pas aussi longtemps. L’idée remonte au XIIIe siècle. Après 2 ans et 9 mois, comme aucun successeur à Clément IV n’avait pu être désigné, les autorités romaines avaient emmuré les cardinaux et menacé de les affamer pour les pousser à se décider.


Habemus Papam** Réalisation, scénario : Nanni Moretti. Image : Alessandro Pesci. Avec Michel Piccoli, Nanni Moretti, Jerzy Stuhr, Margherita Buy 1h44.


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