La fin de l’innocence

Adolescente un peu mal dans sa peau, Annie noue avec Charlie une relation sur Internet. Jusqu’à ce qu’elle découvre que celui-ci est plus âgé que ce qu’il avait laissé croire. L’ex-” Friends” David Schwimmer signe un premier long métrage en mettant sa notoriété au service de la prévention de la pédophilie. Une oeuvre rigoureuse qui évite les pièges de la dramatisation à outrance. 1h46.

La fin de l’innocence
©D.R.
A.Lo.

Annie (Liana Liberato) mène une vie d’adolescente aisée, avec son grand frère, sa petite sœur et ses parents, Will et Lynn (Clive Owen et Catherine Keener). Comme toute jeune fille de 14 ans, elle rêve du premier grand amour. Elle en parle peu avec ses parents, parce que sa mère est gentiment envahissante, parce que son père est accaparé par son boulot d’account dans la pub. Vaguement mal dans sa peau, elle trouve en Charlie, son correspondant sur réseau social virtuel, un confident. De deux ans son aîné, il lui dispense conseil et affection. Au fil du temps, les e-mails se font plus intimes. Charlie avoue finalement à Annie avoir 20 ans. D’abord perturbée, l’ado se laisse un peu plus séduire. Et finit par accepter un rendez-vous avec son mystérieux correspondant.

David Schwimmer, l’ex-Ross de "Friends", est impliqué depuis plusieurs années dans une organisation d’aide aux victimes d’abus sexuels. "Trust", sa première réalisation, est un prolongement de son activisme. Schwimmer dit s’être inspiré du récit d’un père venu témoigner lors d’une convention. Les intentions d’authenticité et de réalisme transparaissent. On s’intéresse moins au prédateur qu’au profil psychologique de la victime et aux dégâts collatéraux sur sa famille, vrai sujet du film : le pacte de confiance naturel entre les parents et leur fille est rompu.

Abordant frontalement un tabou, et évitant toute simplification manichéenne, "Trust" suggère le consentement latent d’Annie et son déni, posture de survie avant d’accepter l’évidence brutale. De même, le film démythifie sainement la manière dont Hollywood ou les séries présentent fréquemment les représentants de l’autorité. Points d’"experts" ici, le FBI est sous-équipé et débordé, ce qui n’empêche pas ses agents de faire preuve d’humanité et de dévouement. La psychiatre suivant Annie fait preuve d’énormément de tact et de réserve. Liana Liberato interprète avec brio un rôle complexe et difficile - supportée sans surprise par les toujours excellents Clive Owen et Catherine Keener, le premier toujours parfait en faux roc fragile, la seconde impeccable en mère courage. Au passage, Schwimmer observe, sans le juger mais sans le nier, le contexte sociétal : effets pervers des réseaux sociaux (manipulation, anonymat des prédateurs mais suppression de l’anonymat des victimes), estompement des normes sexuelles à travers les médias et la publicité

Ces qualités rendent malheureusement d’autant plus incompréhensibles, voir grossiers, certains ressorts dramatiques plus convenus - ainsi notamment d’une ponctuation finale qui revient à stigmatiser un métier là où tout l’édifice s’attache à recomplexifier ce qui ailleurs n’est que trop souvent prétexte à une émotion facile.


Trust ** Réalisation : David Schwimmer.Scénario : Andy Bellin, Robert Festinger.Avec : Clive Owen, Catherine Keener,Liana Liberato, Jason Clarke,Chris Henry Coffey, 1h46

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