Sur la route

Trois jeunes handicapés s’associent pour se rendre, à l’insu de leur famille, dans un bordel espagnol. A partir d’un sujet tabou, Geoffrey Enthoven signe une comédie dramatique parsemée de beaux moments, malgré quelques élans démagogiques. Excellente interprétation. 1h55 (A.Lo.)

A.Lo.
Sur la route
©KFD

Philip (Robrecht Vanden Thoren) rêve des filles d’"Alerte à Malibu". Atteint d’arthrogrypose, totalement dépendant de ses parents, sous l’impulsion d’une libido de plus en plus envahissante, il propose à ses amis Lars (Gilles De Schryver) et Jozef (Tom Audenaert), atteints comme lui d’un handicap, d’organiser un voyage en Espagne; destination: un bordel spécialisé. Cachant leur objectif, ils parviennent à persuader leurs parents de les laisser partir avec un infirmier. La dégradation de l’état de santé de Lars menace de tout faire capoter, mais les trois amis décident malgré tout - et sans l’autorisation de leurs parents - de prendre la route, avec l’aide de Claude, une infirmière (Isabelle De Hertogh) qui cache un secret.

Pas de message appuyé, ici, malgré un arrière-plan réflexif évident - sur fond de "sexe pour tous". L’état physique de Philip, Lars et Jozef est abordé frontalement, simplement et sans angélisme. Et, malgré quelques élans démagogiques dans le scénario, le pathos larmoyant est évité : lorsqu’il s’impose, il est traité simplement et rapidement. Mais c’est d’abord une histoire d’amitié, entre trois potes réalisant le rêve qui les tenaille et s’affranchissant enfin de leur condition - un thème somme toute universel.

"Hasta la Vista" est, artistiquement parlant, une œuvre modeste - un téléfilm de luxe, pourrait-on affirmer - qui aborde, sous l’angle de la tragi-comédie, un sujet de société, et use des ficelles du road movie pour imposer une vague dramaturgie. Suivant le principe du genre, le récit alterne les hauts et les bas durant le périple qui transformera les antagonismes initiaux en belle amitié. Le scénario de Pierre De Clercq et la mise en scène de Geoffrey Enthoven ("Meisjes", "Vidange perdue") réservent toutefois de bons et de beaux moments, avec humour et, parfois, ironie : on retrouvera quelque antagonisme linguistique entre les trois Flamands et leur accompagnatrice irréductiblement francophone, qui seront sans doute diversement appréciés de part et d’autre de la frontière Les quatre comédiens principaux, surtout, sont toujours justes, évitant le piège de la performance au profit de la profondeur psychologique. A cet égard, Gilles De Schryver s’impose comme une valeur sûre du cinéma flamand.

Et puis, un film qui clame "fuck Ryanair" ne peut pas être totalement mauvais


Réalisation : Geoffrey Enthoven. Avec Robrecht Vanden Thoren, Gilles De Schryver, Tom Audenaert, 115 minutes.