Au bord d’elles

Le plus vieux métier du monde, dit-on. Les époques passent, la prostitution reste. Bertrand Bonello acquiesce dans son dernier plan où l’on voit des femmes tapiner le long du périphérique parisien.

F.Ds

Le plus vieux métier du monde, dit-on. Les époques passent, la prostitution reste. Bertrand Bonello acquiesce dans son dernier plan où l’on voit des femmes tapiner le long du périphérique parisien.

Avant d’en arriver au bitume, il aura, deux heures durant, promené ses spectateurs dans les moindres recoins d’une maison close de la fin du XIXe siècle, à la recherche du bordel perdu, paradis des fantasmes. L’endroit est cossu, les salons richement décorés, les filles portent de belles robes, le champagne coule généreusement. Bonello montre les clients, comme les membres d’un club. Ils aiment se retrouver ensemble, partager quelques verres et la conversion, avant de faire "commerce", de libérer leurs fantasmes. L’un va plonger une jeune femme dans une baignoire de champagne, le peintre Gustave observe minutieusement le sexe féminin, un troisième, très âgé, s’inquiète de l’avenir de sa protégée lorsqu’il aura disparu, et un sadique tranche les joues d’une fille pour lui faire le sourire du "joker".

La présence de Xavier Beauvois parmi les clients a ceci de troublant, qu’on pense à ses moines de l’Atlas, à leur communauté humaine rythmée par les activités et les conversations dans un environnement clos. Cela peut paraître choquant, mais la vie de cette douzaine de femmes au service du plaisir y fait penser. Elles vivent cloîtrées, coupées du monde. Chaque jour, l’horaire est immuable, les mêmes activités se répètent aux mêmes heures, sous la responsabilité d’une mère maquerelle supérieure.

C’est à ce monde féminin que s’attache Bonello, à leur activité professionnelle, mais aussi à leurs moments communs, entre femmes, leurs conversations au réfectoire, leurs échanges de petits trucs à la salle de bains. Tout en peignant par petites touches, ce qui fait le caractère et le charme de chacune, Bonello suspend le temps d’une époque impressionniste, à l’image de cette virée au bord de l’eau digne d’un tableau de Renoir, la seule échappée au grand air pour ces prisonnières d’une dette sans fin, intimement surveillées, condamnées pour la plupart à une existence brève.

Mais si Bonello épouse le style viscontien, il le plombe en confondant langueur et longueur, faute de tension. S’il récrée avec brio une atmosphère, il se complaît aussi dans un ennui léthargique un peu chic, que vient troubler une utilisation anachronique des Moody Blues, par exemple. Que veut-t-il nous dire ? Que ces jeunes femmes étaient des esclaves, leur vie peu enviable, sauf si on les compare à l’abattage auquel sont soumises leurs descendantes.

Le casting ne manque pas d’intriguer également. Que signifie cette présence massive de realisateurs - Noémie Lvovsky, Xavier Beauvois, Jacques Nolot - parmi les acteurs ? Le cinéma, quel bordel !

Réalisation, scénario: Bertrand Bonello. Costumes: Anaïs Romand. Avec Noémie Lvovsky, Hafsia Herzi, Xavier Beauvois 2h05.