Love Story

Wedding crashers, on connaissait ces individus qui s’incrustent dans les mariages sans invitation, comme Owen Wilson dans "Serial noceurs" ou Gérard Depardieu dans "Je préfère qu’on reste amis"; Gus Van Sant nous apprend l’existence des "funeral crashers".

Love Story
©Scott Green
F.Ds

Wedding crashers, on connaissait ces individus qui s’incrustent dans les mariages sans invitation, comme Owen Wilson dans "Serial noceurs" ou Gérard Depardieu dans "Je préfère qu’on reste amis"; Gus Van Sant nous apprend l’existence des "funeral crashers". Enoch est un jeune garçon qui aime les enterrements, se glisser dans les cérémonies, s’imbiber de la souffrance des autres. Un jour, dans un funérarium, bien évidemment, son regard croise celui d’une adolescente de son âge. Il ne peut la quitter des yeux - le spectateur, non plus. Le coup de foudre. Une passion éclair, car les jours de la jolie Annabel sont comptés. Dans trois mois, un cancer l’aura emportée.

La mort et l’adolescence sont au cœur du cinéma de Gust Van Sant, il n’était donc pas saugrenu de la part du studio Sony de lui confier ce scénario. Mais comment le réalisateur de "Elephant", symbole des "Indépendant", allait emballer ce pitch collant comme de la guimauve ?

Non seulement, il livre la "Love Story" commandée, mais aussi un film délicat, pudique, poignant, à l’émotion secrète, poétique, même.

D’une part, parce qu’il affronte le sujet frontalement en soulignant, sur tous les tons, la familiarité de ces jeunes avec la mort. Elle, par la force des métastases. Lui, celle du destin qui sera révélé progressivement. L’un comme l’autre ont appris à vivre avec la faucheuse au quotidien. Le film peut, dès lors, s’aventurer au-delà des sincères condoléances et de la langue de bois (de sapin). Van Sant tient l’émotion à distance, mais sans la rejeter pour autant.

D’autre part, le choix de ses acteurs. Il n’y a pas qu’à leur coiffure qu’on reconnaît les ados de Gus Van Sant. Ils ont une authenticité non professionnelle. Mais il s’agit ici d’une production de studio, avec nécessité de disposer de comédiens médiatisables. Henry Hooper, le fils de Dennis, réussit son examen d’entrée à l’écran, décalé juste ce qu’il faut. Et puis, Mia Wasikowska. Elle était Alice chez Tim Burton, la fille d’Annette Bening et Julianne Moore dans "The kids are all right". La caméra en est dingue, tant ce mélange de finesse, de fraîcheur et de classe fait vibrer l’écran avec légèreté et dignité. Sa seule façon de dire "O.K." est à tomber.

"Restless" a la grâce.

Réalisation : Gus Van Sant. Scénario : Jason Lew. Avec Mia Wasikowska, Henry Hopper 1h31.