Ubu à Bagdad

Produit l’année dernière, "The Devil’s Double" profitera indirectement de l’actualité : la chute de Khadafi a mis en lumière les exactions et brutalités de ses fils tout comme, naguère, celle de Saddam Hussein révéla au commun des mortels les délires sanglants des fils du dictateur irakien. Comme leur père, ces derniers disposaient de sosies, destinés à prendre leur place en public au péril de leur vie. Le scénario s’inspire des mémoires de l’un de ces doubles, Latif Yahia. Nul ne sait si les affirmations de Yahia sont authentiques et jusqu’à quel point il fut victime consentante ou non.

A.Lo.

Produit l’année dernière, "The Devil’s Double" profitera indirectement de l’actualité : la chute de Khadafi a mis en lumière les exactions et brutalités de ses fils tout comme, naguère, celle de Saddam Hussein révéla au commun des mortels les délires sanglants des fils du dictateur irakien. Comme leur père, ces derniers disposaient de sosies, destinés à prendre leur place en public au péril de leur vie. Le scénario s’inspire des mémoires de l’un de ces doubles, Latif Yahia. Nul ne sait si les affirmations de Yahia sont authentiques et jusqu’à quel point il fut victime consentante ou non.

Le scénario fait de Yahia un sosie malgré lui, contraint d’endosser l’identité d’Oudaï au risque de voir sa famille exécutée. Le double est présenté comme un héros de guerre altruiste. Repéré par les sbires d’Oudaï, Latif se retrouve plongé au cœur du régime, aussi ubuesque que sanglant. Pour corser le tout, il succombe au charme de la maîtresse préférée d’Oudaï (Ludivine Sagnier, dans son nième rôle de fille perdue).

Lee Tamahori ne cherche pas à faire œuvre historique. "The Devil’s Double" tente l’improbable : faire un "Scarface" de cette plongée au cœur d’une des pires dictatures contemporaines. Montage frénétique, filtres, pulsions rock ou électro : le réalisateur ose tout pour refléter l’hallucinante descente aux enfers de son héros. Mais était-il nécessaire d’être explicite sur les tortures ? Fallait-il forcer le trait en suggérant une relation incestueuse ? La principale qualité du film est l’interprétation de Dominic Cooper, dans le double rôle-titre. Les protagonistes bigger than life servent toujours les acteurs, mais le Britannique trouve un délicat équilibre entre les bouffonneries et la froide amoralité d’Oudaï, tout en traduisant bien la terreur croissante de Latif face aux déviances et la brutalité de son maître. Malheureusement pour lui, l’acteur est le seul à avoir allié nuance et démesure.

Réalisation : Lee Tamahori. Scénario : Michael Thomas. Avec Dominic Cooper, Ludivine Sagnier, Mimoun Oaissa, 1h49.