Bouli Lanners et les Wallons

Vendredi prochain, le 26e FiFF lance ses bobines. Les premières seront celles des "Géants". L’histoire de trois pré-ados livrés à eux-mêmes pendant les vacances. Il y a du road movie, même du boat movie dans ce conte d’aujourd’hui. Un peu de "Stand by me" aussi.

Fernand Denis
Bouli Lanners et les Wallons
©HAULOT

Entretien

Vendredi prochain, le 26e FiFF lance ses bobines. Les premières seront celles des "Géants". L’histoire de trois pré-ados livrés à eux-mêmes pendant les vacances. Il yRichie McCaw a du road movie, même du boat movie dans ce conte d’aujourd’hui. Un peu de "Stand by me" aussi. Et surtout beaucoup de Bouli, ce rapport au paysage, ce regard qui force le spectateur à dépasser sa première impression. Après "Ultranova" et "Eldorado", son troisième a enthousiasmé la Croisette en mai dernier. Il en est revenu avec deux prix, de la SACD et de la CICAE.

Si les Dardenne ont inscrit Seraing sur le planisphère du cinéma et Jaco van Dormael le quartier du logis à Boitsfort, Bouli c’est toute la Wallonie. Une Wallonie en scope, parfois belle à tomber, comme les Wallons ne l’ont jamais regardée. "L’image est mon premier moyen d’expression. Mais je ne suis pas un théoricien, un intellectuel. Mon langage, c’est l’image, depuis toujours. Regarder est terriblement important dans mes films. Je veux qu’il y ait à regarder, que l’image raconte. Il y a une grande part d’instinct et je ne veux pas essayer de savoir. Je sens que c’est cela. Je ne sais pas expliquer mon travail. Les personnages dans ce cadre-là, ça me dit quelque chose. Je vois leur univers, ce qui s’est passé dans leur vie. Et si je le vois, j’espère que le spectateur le verra aussi. Ou autre chose, mais qui va dans le même sens."

Dans vos films, on est surpris de voir surgir la beauté, car on ne pensait pas la trouver à cet endroit-là. La beauté plastique d’un paysage commun, la beauté morale d’individus dans la marge. Cherchez-vous la beauté là où on ne l’imagine pas ?

Je n’arrive pas à avoir une autre vision. Même les zonings tristes et pathétiques de "Ultranova" dégagent quelque chose de graphiquement beau. Le cinéma, ça doit être beau. On pouvait faire des "Géants" un film frontal, très social, austère, froid. J’avais d’abord repéré des décors qui allaient dans cette direction-là mais cela ne m’a pas plu. Je préfère en faire un conte et aller dans les bois. Les contes, c’est terrible mais c’est beau. Si c’était laid, glauque, les gens n’auraient pas envie de les lire. Moi, j’ai envie que les gens viennent voir mes films. Alors, il faut que je les emballe, sinon ils ne sont pas accessibles. Je ne fais pas des films pour aller à Cannes. C’est super, bien sûr, mais c’est du public que j’ai envie d’avoir.

Du public wallon ?

De partout. Et plus il est proche, plus on est plus touché. Mais le public wallon est dur. Il faut se faire une raison. On ne verra pas des centaines de milliers de gens dans les salles venir voir nos films belges. Certains personnages de mes films sont inspirés de mes voisins. Pourtant, ils ne sont jamais venus les voir. Ils sont très contents pour moi, ils savent tout ce qui m’arrive à Cannes. Je leur dis : "Tu sais, ce personnage du film, c’est toi ; j’ai même pris ton prénom." Mais ils ne vont pas voir le film. C’est dingue. Je ne peux pas faire plus. C’est comme cela les Wallons. C’est génétique, c’est culturel. Il existe un public mais il est tout petit par rapport aux cartons des films en Flandre. En Wallonie, le climat n’est pas du tout nationaliste. Mais c’est pas grave, il y a aussi un public en France.

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