Tripes, sauce Winterbottom

On sort de ce film affamé, 1h45 à saliver, ça creuse. Michael Winterbottom, qui tourne plus vite que son ombre, livre à chaque fois un prototype. "The Trip" ne fait pas exception.

Fernand Denis

On sort de ce film affamé, 1h45 à saliver, ça creuse. Michael Winterbottom, qui tourne plus vite que son ombre, livre à chaque fois un prototype. "The Trip" ne fait pas exception.

Steve Coogan, dans le rôle de Steve Coogan, a accepté un reportage gastronique d’une semaine dans le Lake District aux frais d’un grand magazine britannique. Jouer les critiques ne l’amuse pas particulièrement, c’est sa compagne qui avait sélectionné les tables. Mais voilà, elle a subitement décidé de faire un break. Et comme Steve n’a pas envie de se retrouver seul, il a fait le tour de ses amis pour l’accompagner. Le tout dernier de la liste a dit "oui".

Aussi, Steve Coogan ne déborde pas d’enthousiasme à l’idée de passer la semaine avec Rob, un animateur télé, spécialiste des imitations. A peine lui a-t-il proposé qu’il regrette. Hautain, limite méprisant, Steve ne se gêne pas pour le faire sentir à son compagnon de voyage. Mais les grands crus et les coquilles Saint-Jacques sous toutes les préparations aident son invité à supporter ses humeurs, tout en lui donnant du répondant.

Car les deux hommes ne manquent pas de sujets d’affrontement. Primo : leurs origines. Rob est du Pays de Galles, alors que Steve, de Manchester, défend le nord de l’Angleterre avec un lyrisme inattendu. Deuzio: les femmes. Coogan en change comme d’hôtels, alors que Rob téléphone à sa petite famille tous les soirs. Et tertio: l’imitation de Michael Caine. C’est la fierté de Rob qui se sert de n’importe quelle occasion pour en faire une démonstration. Contestée par Steve.

Chabrol sait qu’on en a vu des scènes de table, mais aucune ne ressemble aux duos de Winterbottom. Ils sont tour à tour pétillants, féroces, bruyants, irrésistibles, métaphoriques, improvisés. Et systématiquement désolants pour les chefs coq. En effet, la caméra ne manque pas de nous montrer comment leurs créations culinaires, mitonnées avec art et imagination, sont ensuite engouffrées avec l’attention qu’on prête à un hamburger. Ou pire, carrément dénigrées. Ainsi, Rob prend parfois plaisir à dégoûter son compagnon. Par exemple, en lui disant que la texture du mets lui rappelle celle de la morve.

Heureusement, pour passer d’un restaurant à l’autre, il faut bien sortir de table et emprunter les petites routes sinueuses du Lake District dans l’état où l’ont laissé les poètes Wordsworth, Coleridge ou les sœurs Brontë. A tomber, même en hiver ! Cela rend Coogan intarissable au point de saouler Rob d’explications géologiques.

Au terme de la semaine, on tient une comédie rigoureusement originale, avec son lot de retournements de situation, une touche d’amertume et une petite dose de frustration. Car la moitié des références nous échappe, à l’image de ce couple de célébrités, l’une internationale et l’autre exclusivement britannique.

En prime, on a droit à deux portraits. De Rob Brydon qu’on apprend à connaître. De Steve Coogan, acteur à la croisée des chemins (Hollywood ou pas Hollywood ?) au charme efficace, mais gangrené par l’angoisse. Il a 41 ans depuis 4 ans.

Réalisation : Michael Winterbottom. Image : Ben Smithard. Avec Steve Coogan, Rob Brydon...1h46.

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