Les blessures de l’aube

Le cinéma de Mia Hansen-Løve est délicat. Il faut peut-être une (jeune) réalisatrice pour que soient pudiques des scènes d’amour entre deux adolescents et la nudité d’une actrice au corps encore pratiquement nubile. Cet "amour de jeunesse" est de ceux où passion rime avec incompréhension. La première est vouée par Camille (Lola Créton), 15 ans, à Sullivan (Sebastian Urzendowsky), 19 ans, lequel, avec l’égoïsme de son âge, rêve d’absolu et d’exotisme. A cette relation, il préfère donc un périple en Amérique latine, impasse prévisible de cette relation d’un été. Pour Camille, l’impossible chemin de la guérison sera douloureux et long, jusqu’à l’âge de femme et la rencontre d’un homme mûr et sensible.

A.Lo.

Le cinéma de Mia Hansen-Løve est délicat. Il faut peut-être une (jeune) réalisatrice pour que soient pudiques des scènes d’amour entre deux adolescents et la nudité d’une actrice au corps encore pratiquement nubile. Cet "amour de jeunesse" est de ceux où passion rime avec incompréhension. La première est vouée par Camille (Lola Créton), 15 ans, à Sullivan (Sebastian Urzendowsky), 19 ans, lequel, avec l’égoïsme de son âge, rêve d’absolu et d’exotisme. A cette relation, il préfère donc un périple en Amérique latine, impasse prévisible de cette relation d’un été. Pour Camille, l’impossible chemin de la guérison sera douloureux et long, jusqu’à l’âge de femme et la rencontre d’un homme mûr et sensible.

Les hommes, chez la réalisatrice, sont toujours peu ou prou égoïstes ou, à tout le moins, aveuglés par leurs préoccupations. Le glandeur de "Tout est pardonné" (2006), le producteur habité du convaincant "Le père de mes enfants" (2009) laissaient déjà dans leur sillage des femmes qui leur vouaient un amour immodéré - au point de s’oublier elles-mêmes. De cette mélancolie teintée d’un romantisme vaguement désuet, Mia Hansen-Løve tente de tirer une substance. Camille est plutôt un beau personnage, sans doute plus littéraire que cinématographique. Il manque à Lola Créton une profondeur, une conviction dans l’interprétation ou, à défaut, un vécu pour la rendre plus réelle qu’affectée à l’écran. Quant à Sebastian Urzendowsky, il est encore plus horripilant que son personnage avec son jeu emprunté, son ton systématiquement en porte-à-faux. S’est-il à ce point identifié à Sullivan qu’il s’est cru dispensé du moindre effort pour séduire ?

De cette exploration risquée au plus profond de sentiments juvéniles - donc marqués du sceau de l’immaturité - Mia Hansen-Løve peine à déployer une progression dramatique convaincante. Celle-ci survient brièvement au détour d’un a priori incongru, exposé heuristique sur la lumière par un professeur d’architecture. Soudain, le film et ses personnages trouvent, précisément, leur éclat. Camille rencontre Lorenz et, enfin, la vraie vie. Mais Sullivan ressurgit, et tout l’édifice - celui de fiction et celui de cinéma - s’écroule avec lui. Rarement un film n’aura autant pâti de faire corps avec ses acteurs. La faute, aussi, à un scénario bavard, cérébral et conscient de lui-même (jusqu’à l’autodérision toutefois : Sullivan sortant d’une salle de cinéma, reproche au film qu’il vient de voir d’être "trop français"), à des métaphores appuyées (l’architecture pour se reconstruire, le débat entre la maison "pour tous" et l’œuvre d’artiste) et à un manque de direction d’acteurs qui, face à l’inexpérience ou un excès d’assurance (les deux semblant aller de pair), s’imposait cette fois. La réalisatrice cite Kierkegaard : "La vie ne peut être comprise qu’en revenant en arrière, mais doit être vécue en allant de l’avant." Le cinéma, même d’auteur, aussi.

Réalisation et scénario : Mia Hansen-Løve. Avec Lola Créton, Sebastian Urzendowsky, Magne-Havard Brekke, 1h50.