Les vrais faux docus de Maïwenn

Maïwenn, 35 ans, est une véritable créature de cinéma qu’elle pratique depuis trente ans. Elle était Isabelle Adjani, enfant, dans "L’été meurtrier". Elle est la grande sœur d’Isild le Besco. Elle fut un temps la femme de Luc Besson. Elle était au centre de la trilogie (contrariée) des "Parisiens", de Claude Lelouch. Et, depuis cinq ans, on la connaît comme la réalisatrice de "Pardonnez-moi", du "Bal des actrices" et, aujourd’hui, de "Polisse".

F.Ds

Maïwenn, 35 ans, est une véritable créature de cinéma qu’elle pratique depuis trente ans. Elle était Isabelle Adjani, enfant, dans "L’été meurtrier". Elle est la grande sœur d’Isild le Besco. Elle fut un temps la femme de Luc Besson. Elle était au centre de la trilogie (contrariée) des "Parisiens", de Claude Lelouch. Et, depuis cinq ans, on la connaît comme la réalisatrice de "Pardonnez-moi", du "Bal des actrices" et, aujourd’hui, de "Polisse".

Dans le premier, elle réglait un compte personnel en tournant un vrai faux documentaire sur sa famille à l’intention de son futur bébé. Le second était aussi un vrai faux documentaire professionnel sur les comédiennes, de la "never be" à la "has been", en passant par la star et le mannequin. Une sorte de parcours de la combattante, pervers et cruel, qui fut le sien. Le troisième est à nouveau un vrai faux documentaire à propos d’un département peu connu de la police : la Brigade de protection des mineurs (BPM). Elle prend donc cette fois ses distances avec sa propre histoire, distances relatives, puisqu’on sait que Maïwenn fut une enfant battue, raison pour laquelle, d’ailleurs, elle refuse de porter son patronyme (le Besco).

Son idée consiste, cette fois, à faire jouer par des acteurs - Karin Viard, Nicolas Devauchelle, Sandrine Kiberlain, Marina Fois, Joey Star, etc. - le quotidien des flics qui traquent les pédophiles, les exploiteurs d’enfants

Comme dans ses films précédents, Maïwenn épate par la puissance de ses reconstitutions. L’interview d’un parent pédophile, la tristesse déchirante d’une mère SDF qui vient déposer son enfant afin qu’il dorme au chaud, le doute sur la pertinence d’une opération dans un camp de Roms qui font travailler leurs enfants, les énormités racontées par une adolescente Tout comme le faisait formidablement Tavernier dans "L 627", elle rend compte de l’intensité de la charge émotionnelle encaissée par ces policiers et du peu de considération témoignée par leur hiérarchie, leur activité étant peu médiatique.

Parallèlement, elle suit ces flics dans leurs relations avec leurs collègues et au sein de leur vie privée. Là, on commence à éprouver un certain malaise, celui qu’inspire la téléréalité. Il va croissant lorsqu’elle se met complaisamment en scène dans sa relation avec JoeyStarr. Un malaise qui a pour conséquence de faire apparaître les défauts du film, son absence de construction, jusque bien maquillée par l’intensité des reconstitutions. Soit un film bluffant, à l’image de ses acteurs excellemment dirigés, qui laisse, au final, une impression de gros bluff.

Réalisation, scénario : Maïwenn. Avec Maïwenn, Karin Viard, Nicolas Duvauchelle, Marina Foïs 2h08.