Secrets de famille

Les quartiers ont leurs secrets. Bien gardés. Evidemment, si on se met un jour à tout remuer avec des expulsions, des expropriations, ils finissent par s’échapper et apparaître au grand jour. Qui peut faire le lien entre les évacuations forcées d’un quartier du Queen’s en 2002, à New York, et la publication de lettres anonymes dénonçant deux meurtres commis dans la cité, 16 ans plus tôt, et rapidement classés par la police après une enquête bâclée?

F.Ds.

Les quartiers ont leurs secrets. Bien gardés. Evidemment, si on se met un jour à tout remuer avec des expulsions, des expropriations, ils finissent par s’échapper et apparaître au grand jour. Qui peut faire le lien entre les évacuations forcées d’un quartier du Queen’s en 2002, à New York, et la publication de lettres anonymes dénonçant deux meurtres commis dans la cité, 16 ans plus tôt, et rapidement classés par la police après une enquête bâclée?

Le lieutenant White (Channing Tatum) sait. C’est tout son passé, patiemment lesté, qui remonte d’un bloc à la surface. A cette époque, tout le monde le surnommait Milk dans ce HLM crade de chez encore plus crade. Un jour, tout gamin, il s’est retrouvé, avec un revolver à la main, face à un junkie en plein trip tenant absolument à récupérer son flingue. Boum. Et de jeter le corps aux ordures avec son copain Vinny.

Pourquoi veut-on déterrer cette histoire aujourd’hui ? Qui en veut à White, ce policier plutôt humain, pas le genre cow-boy à sortir son colt pour un oui, pour un non. White ne voit pas, seul son copain Vinny connaît son secret.

En attendant, son patron s’agite avec ces lettres anonymes publiées dans la presse. C’est que Ben Laden vient de rhabiller la police new-yorkaise, pas question de tolérer la réapparition de vieilles taches sur le bel uniforme tout propre. Des taches qui pourraient handicaper son ascension vers les sommets.

"The son of no one" est tout autant un thriller qu’un mélodrame, car la police y est assimilée à une grande famille, la solidarité y est de rigueur, et on ne confie pas son linge sale au pressing.

Son auteur est Dito Montiel. Il avait impressionné avec son premier film, "A guide to recognizing your saints". Cette l’histoire d’un quartier très violent du Queens était aussi construite sur un long flash-back qui voyait le personnage central forcé de replonger dans le trauma de son enfance. Manifestement, Dito Montiel se sert du cinéma pour affronter sa jeunesse et se libérer de son poids. Sa patte s’est un peu émoussée avec ce deuxième opus. Sa grâce lumineuse pour se saisir l’atmosphère d’un quartier s’est transformée en efficacité professionnelle. La musique se charge de la tension comme la caisse claire impose le rythme dans le Boléro de Ravel. Autant Dianne Wiest se réinventait dans "The guide" et Robert Downey Jr ensorcelant, autant Al Pacino, Ray Liotta, Juliette Binoche, Kathy Holmes sont impeccables, mais restent sur leurs rails. "The son of no one" laisse donc un petit goût amer. On s’attendait à découvrir un nouveau Scorsese, un nouveau James Gray, plutôt qu’un honnête faiseur de thrillers.

Réalisation, scénario : Dito Montiel. Image : Benoît Delhomme. Avec Al Pacino, Channing Tatum, Ray Liotta, Katie Holmes, Juliette Binoche 1h33.