Avec des Sy

Basé sur l’histoire vraie de Philippe Pozzo di Borgo, Eric Toledano et Olivier Nakache ont traité en comédie l’improbable rencontre et complicité entre un aristocrate parisien paraplégique et un Black sortant de prison engagé pour le soigner. L’alchimie entre François Cluzet et Omar Sy emballent le film qui slalome entre tous les pièges. 1h52

Avec des Sy
©Victory
F.Ds

Dans un luxueux hôtel de maître parisien, les candidats patientent sous les lambris dorés. Poste à pourvoir : homme soignant de compagnie attaché au maître de maison, paraplégique, insensible du cou jusqu’à la pointe des pieds. Driss, lui, est juste là pour faire signer un papier du chômage, certifiant qu’il s’est bien présenté à l’offre d’emploi. Sauf que, contre toute attente, c’est lui que le boss choisit.

Et pourquoi, Philippe cet aristo raffiné, spécialiste d’art contemporain, a-t-il choisi Driss, ce Black pas vraiment éduqué, ne maîtrisant aucun des codes du XVIe arrondissement ? Certes, il a deux solides jambes et des bras bien musclés, mais surtout, il n’a aucune pitié. Pas le genre tourner sa langue dans sa bouche. Ça sort plak et zak comme on ne dit pas à Paris. Sans filtre. C’est ce que Philippe cherchait, un type nature. Un peu extrême, tout de même. Capable de lui faire prendre l’air à 4 heures de matin et même de lui allumer un joint quand l’angoisse a bien besoin d’être calmée.

Ce sujet - basé sur l’histoire vraie de Philippe Pozzo di Borgo -, Eric Toledano et Olivier Nakache ont décidé de le traiter sous forme d’une comédie. Presque une comédie romantique - la dimension sexuelle se faisant tirer l’oreille évidemment - entre deux personnes que tout oppose : Cluzet en bourge et Sy en beur. Cluzet immobile, et Sy hypermobile. Deux personnes vivant dans la même ville mais qui n’auraient jamais dû se rencontrer.

Les réalisateurs ont tout mis en place pour que cela fonctionne. Une construction habile avec une séquence d’ouverture soufflante qui installe d’emblée la relation inattendue entre les deux hommes. Des dialogues drôlement soignés. Une mise en scène luxueuse, très cinéma, bigger than life. Des moments irrésistibles lorsque l’un cherche à faire partager ses goûts musicaux à l’autre, classique contre Rythm’n Blues, Vivaldi meets Earth Wind & Fire. Sans oublier des seconds rôles, très affûtés, particulièrement Anne Le Ny, beaucoup de présence, et Audrey Fleurot au double jeu savoureux.

Mais, on le sait, tout ce travail serait réduit à néant si rien ne passait entre les deux acteurs, si l’alchimie n’était pas au rendez-vous. Entre François Cluzet et Omar Sy, elle est de premier choix. Si l’un est actuellement le meilleur acteur français; l’autre, minutieusement préparé depuis trois films par Toledano et Nakache, n’a pas raté son entrée sur l’affiche.

Le sujet casse-gueule, son traitement risqué, débouche sur une forme de conte contemporain. Trop beau pour être vrai. Et pourtant !

Réalisation, scénario : Eric Toledano et Olivier Nakache. Images : Mathieu Vadepied. Avec : François Cluzet, Omar Sy, Anne Le Ny 1h52.


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