Illusions perdues

En attendant d’adopter un chat, un couple se donne un mois pour réaliser ses envies. A travers leurs rêves, Miranda July met en évidence, avec un peu de surréalisme, les désillusions de deux trentenaires californiens. Leur ennui est malheureusement communicatif. 1 h 31.

Illusions perdues
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A.Lo.

En couple depuis cinq ans, Sophie et Jason mènent une vie tranquille, à l’image du plan d’exposition de leur couple : affalés sur le divan de leur petit appartement de Los Angeles, lui répondant aux appels du service d’assistance informatique pour lequel il travaille, elle surfant sur le Net, tétanisée par les vidéos d’autopromotion qu’une de ses collèges poste sur YouTube. Que faire pour passer à l’étape suivante d’un projet amoureux ? Adopter un chat. Un chat malade, de surcroît, qu’ils devront impérativement aller chercher dans un mois - faute de quoi le félin perdra sa septième et dernière vie. Dans l’intervalle, le couple convient de passer les trente jours à venir en réalisant ses envies.

La métaphore, un peu trop évidente (et appuyée : July rythme le film d’interventions du chaton), circonscrit d’emblée "The Future" à son dispositif réflexif. La fraîcheur et la spontanéité qui faisaient le charme de "Me and You and Everyone We Know" (2005), le premier film de la réalisatrice, cèdent la place à un scénario plus calculé et labellisé - certifié "Sundance", "Indy", "Arty" Pour compenser cette austérité dramatique et formelle, July introduit une dose de surréalisme, finalement aussi artificielle que la dramaturgie des fictions à laquelle elle essaie d’échapper. Sophie entreprend une relation peu crédible avec un homme plus âgé, et abandonne du jour au lendemain sa vie bohème pour celle d’une bourgeoise rangée. Désespéré, Jason arrête le temps. Au gré de quelques instants de grâce (la vaine tentative de Sophie de créer sa propre chorégraphie "YouTube", sa fuite fœtale dans un T-shirt), on peut apprécier le talent naturaliste des comédiens. Mais comme ses protagonistes, adulescents incapables de grandir et d’évoluer dans le monde réel, la réalisatrice/comédienne se fourvoie dans une impasse.

Réalisation et scénario : Miranda July. Avec Hamish Linklater, Miranda July, David Warshofsky, 1h31.