Cette mère, ce héros dans "Toutes nos envies"

Dans "Toutes nos envies", il est question d’individus luttant à contre-courant pour éviter la noyade. Dans une scène pivot, Claire (Marie Gillain) y échappe de peu, sauvée in extremis par Stéphane (Vincent Lindon).

A.Lo.
Cette mère, ce héros dans "Toutes nos envies"
©Les Films de L4Elysée

Le précédent film de Philippe Lioret, "Welcome", montrait un clandestin apprenant la nage dans le but de traverser la Manche et de rejoindre sa fiancée. Dans "Toutes nos envies", il est encore question d’individus luttant à contre-courant pour éviter la noyade. Dans une scène pivot, Claire (Marie Gillain) y échappe de peu, sauvée in extremis par Stéphane (Vincent Lindon qui rempile chez Lioret en père de substitution et sauveur poussé dans le dos).

Les liens entre les deux œuvres sont multiples, mais reposent essentiellement sur le caractère engagé des deux films : dénonciation de l’hypocrisie entourant la situation des sans-papiers à Calais dans "Welcome", attaque frontale de la politique cynique des crédits à la consommation dans "Toutes nos envies". La sincérité du propos et son bon sens citoyen font excuser une bonne conscience trop complaisamment affichée et quelques grosses ficelles scénaristiques. Notamment, les prémices de la dramaturgie. Claire, jeune juge d’instance à Lyon, voit son début de carrière prometteur bouleversé par deux faits. Le hasard la met en présence du dossier de Cécile (Amandine Dewasmes), la mère de la meilleure amie de sa petite-fille. Surendettée, Cécile est aux abois, matériels et judiciaires. Parallèlement, Claire apprend qu’elle est atteinte d’une tumeur au cerveau et que ses jours sont comptés. Cachant son état à son mari (Yannick Renier), elle se lance avec Stéphane, un juge chevronné, dans un combat désespéré pour sauver toutes les Cécile.

Mélodrame social, inspiré du combat authentique de deux juges d’instance, "Toutes nos envies" pourrait être pesant. Les dialogues, ciselés, le sauvent, rendant même jouissives les joutes oratoires menées par Claire et Stéphane. En concentrant ensuite le lutte contre l’injustice de Claire sur sa propre maladie, ferment d’une relation complexe avec Stéphane, le film dépasse la thèse politiquement correcte pour se concentrer sur les individus. Le thème, encore une fois récurrent chez Lioret, étant qu’ils peuvent toujours faire la différence, même face à l’inéluctable. Le réalisateur peut surtout se reposer sur ses acteurs. Lindon est d’un naturel terrien une fois de plus. Marie Gillain livre une de ses meilleures compositions, en évitant tout pathos. Autour d’eux, tous les seconds rôles œuvrent à l’économie, dans la justesse, à commencer par Yannick Renier et Amandine Dewasmes qui apportent par touches discrètes de la profondeur à leur personnage réduit, pourtant, à l’écran à leur stricte fonction dramaturgique.


Réalisation et scénario : Philippe Lioret. Avec Marie Gillain, Vincent Lindon, Yannick Renier, Amandine Dewasmes,... 2h.


Retrouvez l'entretien avec Marie Gillain dans le supplément "Culture" de votre Libre Belgique de ce mercredi