Lard contemporain à Gaza

Dans ses filets, Jafaar le pêcheur trouve plus de tongs que de poissons. Il faudrait un miracle pour s’en sortir. Mais peut-on qualifier ainsi ce qu’il découvre un matin dans ses filets ? Un cochon ! Un savoureux “feel good movie” entre Palestiniens et Israéliens, c’est possible !

F.Ds
Lard contemporain à Gaza
©D.R.

Dans ses filets, Jafaar le pêcheur trouve plus de tongs que de poissons. Et encore des pieds gauches. Pas de quoi faire bouillir la marmite. Or, son ardoise s’allonge chez l’épicier et sa femme n’est plus dupe de ses explications. Il faudrait un miracle pour s’en sortir. Mais peut-on qualifier ainsi ce qu’il découvre un matin dans ses filets ? Un cochon ! Une malédiction, oui ! Que faire avec un porc sur une terre musulmane. Il ne peut même pas l’égorger, son sang est impur. Son meilleur ami a une solution : une bonne rafale de Kalachnikov. Il a beau être Palestinien et le maniement de l’arme à la portée du premier terroriste, il a du mal à appuyer sur la gâchette. Sage décision, son ami l’informe que les juifs de la colonie ne mangent pas de porc, mais rien ne leur interdit d’en faire du commerce. Certes, l’animal ne peut toucher la terre sacrée d’Israël, mais un petit plancher, et le tour (de cochon) est joué. Jafaar s’approche de l’implantation juive et trouve une interlocutrice, intéressée, si le cochon est un mâle. C’est du sperme qu’elle veut. Et notre Jafaar d’aller de problème en solution, laquelle engendre le problème suivant.

Réussir une comédie, un "Feel Good Movie" dans la bande de Gaza, le long du mur israélien, entre colons et terroristes, voilà un sacré défi que relève, avec brio, Sylvain Estibal. Certes, Elia Suleiman a aussi abordé la situation avec humour, mais celui d’Estibal est plus concret. Comment s’occuper d’un cochon, identifier son sexe, recueillir sa semence, le transporter discrètement sur une terre où l’on passe son temps à se faire contrôler. Autant de problèmes bien concrets pour Jafaar.

Et Sasson Gabay, l’acteur de la "Visite de la Fanfare", développe un jeu à l’opposé de l’approche keatonienne de Suleiman. Il est on ne peut plus savoureux, chaleureux, démonstratif dans un esprit proche de la comédie italienne, d’un Nino Manfredi, d’un Hugo Tognazzi. Mais au final, Suleiman et Estibal arrivent au même résultat: un tableau complètement absurde, alors que Israéliens et Palestiniens multiplient les points communs. Même détestation du cochon, même petits arrangements hypocrites, même gros malins qui profitent de la situation.

Sylvain Estibal se laisse un peu emporter sur la fin. Mais quoi de plus normal pour un film avec un cochon que de se terminer en eau de boudin.

Réalisation, scénario : Sylvain Estibal. Image : R. Winding. Avec Sasson Gabay, Baya Belal, Myriam Tekaia 1h39.