Où sont les solidarités d’antan ?

Non, Robert Guédiguian n’a pas emmené Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Marilyne Canto et ses jeunes amis Grégoire Leprince-Ringuet, Anaïs Demoustier et Robinson Stévenin en Tanzanie. Tout le monde est réuni dans son cher quartier de l’Estaque où Darroussin et Ascaride fêtent 30 ans de mariage en compagnie des amis et des 20 licenciés de leur entreprise en difficulté.

F.Ds

Non, Robert Guédiguian n’a pas emmené Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Marilyne Canto et ses jeunes amis Grégoire Leprince-Ringuet, Anaïs Demoustier et Robinson Stévenin en Tanzanie. Tout le monde est réuni dans son cher quartier de l’Estaque où Darroussin et Ascaride fêtent 30 ans de mariage en compagnie des amis et des 20 licenciés de leur entreprise en difficulté.

Le Kilimandjaro, c’est le cadeau, le voyage de leur vie auquel toute la bande a cotisé. Mais voilà, quelques jours avant le départ, la tête déjà à Zanzibar, ils sont victimes d’un belote-jacking. Alors qu’ils jouent, deux individus cagoulés surgissent dans le salon, dérobent leurs cartes de banque et extorquent leurs codes. Traumatisée, Canto n’en dort plus. Darroussin est meurtri, et pas seulement à l’épaule, mais un détail lui permet de remonter jusqu’au voleur et de le faire arrêter.

Surprise, c’est un des jeunes ouvriers licenciés. Comment un camarade a-t-il pu faire une chose pareille à un autre camarade ? Il mène son enquête. Et sa femme aussi. Et chacun de découvrir, de son côté, l’extrême précarité du jeune homme ayant charge de famille

Les chirurgiens qui l’ont opéré l’an dernier en témoigneront, Robert Guédiguian a vraiment un grand cœur. "Les Neiges du Kilimandjaro" est un film émouvant, touchant, vibrant d’une solidarité indéfectible, d’une générosité désespérée, d’une naïveté débordante. Mais en digne Marseillais, il a un peu trop forcé la dose..

On comprend où il veut en venir le réalisateur de "Marius et Jeannette". On le sait, il aime retourner régulièrement dans son quartier de l’Estaque pour y prendre la température sociale. Après les deniers jours de Mitterrand ("Promeneur du Champ-de-Mars"), le voyage en Arménie, l’évocation du réseau Manouchian ("L’armée du crime"), c’était l’heure du retour aux sources. Trente ans - l’âge d’une génération - après "Dernier été", c’était aussi l’occasion d’un bilan, d’un inventaire de ses idéaux de jeune homme. Le constat est amer. Les valeurs de la gauche sont dans un triste état de délabrement. Au moment où le film était projeté à Cannes, DSK était toujours la figure de proue de la gauche française, le Jaurès du XXIe siècle. Symboliquement, ils ne sont plus que deux, purs et tendres, à y croire, et encore chacun de son côté. On l’entend, Robert, tirer la sonnette d’alarme sur l’état de la solidarité dont il rappelle que c’est d’abord une affaire personnelle. On voit bien son constat sur la précarité de la nouvelle génération, moins bien lotie que la sienne. Mais le chemin emprunté par son scénario fait basculer la réalité de son analyse dans une fable simpliste à l’image de l’épilogue, logique sur le plan du récit, impensable sur le plan judiciaire.

Reste un plaisir intact à retrouver l’Estaque et cette chaleur humaine générée par une formidable bande de comédiens à la complicité unique.

Réalisation, scénario : Robert Guédiguian. Avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan 1h 47.