Potté en touche

Fut un temps où la sortie d’un film d’animation, annuelle, était un rendez-vous d’exception. Aujourd’hui que tout le monde s’y est mis, et aux quatre coins du monde en plus, le genre rime avec banalisation. Pour les grands studios américains, il convient d’occuper les équipes, chèrement payées, et de faire tourner la machine.

A.Lo.
Potté en touche
©UPI

Fut un temps où la sortie d’un film d’animation, annuelle, était un rendez-vous d’exception. Aujourd’hui que tout le monde s’y est mis, et aux quatre coins du monde en plus, le genre rime avec banalisation. Pour les grands studios américains, il convient d’occuper les équipes, chèrement payées, et de faire tourner la machine.

Symptomatique de ce phénomène, "Le Chat Potté", production DreamWorks, surfe sur le succès de la trilogie "Shrek". Personnage secondaire, mais applaudi de celle-ci, le félin recyclé des contes de Charles Perrault voit son passé éclairé : comment a-t-il acquis ses bottes et pourquoi est-il devenu un voleur ? Ce récit des origines - une recette en vogue - le fait côtoyer Humpty Dumpty, figure classique de la littérature enfantine anglaise, dans la quête des haricots magiques (de "Jack et les haricots magiques") et de l’oie aux œufs d’or (fable d’Esope qui inspira celle de la "poule" à La Fontaine).

L’ironie a-t-elle échappé aux scénaristes ? "A convoiter plus que ce que l’on a, l’on perd même ce que l’on possède..." Ce qui faisait le charme et le succès des "Shrek" était le traitement parodique (ou postmoderne) des contes classiques. Ici, à part pour alimenter le casting avec de nouveaux personnages, ils sont vidés de leur substance pour ne servir de prétexte qu’aux péripéties d’un récit d’aventure, sur fond d’amitié trahie, très convenu. Alors, certes, la technique est éblouissante, l’animation est irréprochable, la 3D est (fait plus rare) maîtrisée. Mais on cherche vainement l’originalité ou la nouveauté dans ce fast-movie (aussi frénétique que vite digéré) qui ne semble avoir d’autre vocation que de gaver la bête. Dont acte : c’est un tantinet indigeste.

Réalisation : Chris Miller. Avec les voix anglaises de Antonio Banderas, Salma Hayek, Zach Galifianakis, et les voix françaises de Boris Rehlinger, Virgine Efira, Vincent Ropion, 1h30.