"Intouchables" flirte-t-il avec le racisme?

Succès incontestable au box-office français avec plus de 12 millions d'entrées, le film "Intouchables" ne semble pas avoir convaincu les critiques américains. Pour Jay Weyssberg, journaliste du très influent magazine Variety le long-métrage est carrément raciste.

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"Intouchables" flirte-t-il avec le racisme?

Succès incontestable au box-office français avec plus de 12 millions d'entrées, le film "Intouchables" ne semble pas avoir convaincu les critiques américains. Pour Jay Weyssberg, journaliste du très influent magazine Variety le long-métrage est carrément raciste. Le journaliste en rajoute même une couche : "Les réalisateurs et scénaristes français Eric Toledano et Olivier Nakache n'ont jamais été connus pour leur subtilité. Avec "Intouchables", ils flirtent avec un racisme qu'on avait espéré ne plus jamais revoir sur les écrans américains".

Pour Variety, le personnage de Driss, campé par Omar Sy, est traité comme "un singe de compagnie", qui apprend au coincé blanc à s'amuser, en remplaçant Vivaldi par Boogie Wonderland, et en lui montrant comment on bouge sur le dancefloor. "C'est pénible de voir Sy, un acteur joyeusement charismatique, dans un rôle qui se détache à peine de l'époque de l'esclavage, dans lequel il divertit le maître blanc, en endossant tous les stéréotypes raciaux, et de classe", écrit le journaliste américain.

"Tout est fait pour provoquer les rires, et comme Sy est un acteur très performant, que les blagues ne déçoivent pas, "Intouchables" pourrait séduire un public qui ne réfléchit pas trop, le tout dans une atmosphère détestable", écrit encore Weyssberg.

"La société, qui a acheté les droits d'adaptation du film, devra entreprendre une réécriture massive pour rendre acceptable cette comédie repoussante", conclut le critique. Le New York Times s'est montré moins dur pour le film français du moment. "Quand il est sorti le mois dernier, "Intouchables" semblait n'être qu'une comédie française banale, un peu simplette, un film à petit budget porté par des acteurs peu connus en dehors des frontières françaises". Cependant, le quotidien new-yorkais épingle le fait que le succès du film repose "largement sur la nature effrontée de Driss, qui joue le rôle stéréotypé du loser inculte de banlieue". Le critique du NYT admet cependant que le film porte un "message humaniste" et qu'il y a une "ouverture d'esprit dans l'humour".

En France, seul Libé avait descendu le film en le qualifiant de comédie "bien pensante" et "bisounours".