La dame de bambou

Même si les bonnes intentions ne font pas toujours les grandes œuvres, la citation qui ponctue "The Lady" - "Usez de votre liberté pour promouvoir la nôtre" - pourrait justifier à elle seule la démarche. Elle résume aussi le sacrifice inhérent au combat de tous les résistants, en général, et de la Birmane Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, en particulier. Luc Besson, premier producteur de France, enfant prodigue (mais plus toujours prodige) du cinéma, a accordé un peu de sa liberté en tournant ce biopic qui détonne dans sa filmographie. Quoique Les femmes fortes, réelles ou fictives, irriguent son cinéma ("Nikita", "Jeanne d’Arc", ). On comprendra qu’il ait été séduit par ce projet qui lui fut amené par son interprète, Michelle Yeoh.

A.Lo.

Même si les bonnes intentions ne font pas toujours les grandes œuvres, la citation qui ponctue "The Lady" - "Usez de votre liberté pour promouvoir la nôtre" - pourrait justifier à elle seule la démarche. Elle résume aussi le sacrifice inhérent au combat de tous les résistants, en général, et de la Birmane Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, en particulier. Luc Besson, premier producteur de France, enfant prodigue (mais plus toujours prodige) du cinéma, a accordé un peu de sa liberté en tournant ce biopic qui détonne dans sa filmographie. Quoique Les femmes fortes, réelles ou fictives, irriguent son cinéma ("Nikita", "Jeanne d’Arc", ). On comprendra qu’il ait été séduit par ce projet qui lui fut amené par son interprète, Michelle Yeoh.

Une fois n’est pas coutume, et c’est à mettre à son crédit, Besson fait montre de sobriété. Mais dans la retenue, il perd un peu ses marques - sauf dans l’emphase, son péché mignon. "The Lady" est moins une fresque historique qu’une variation intimiste sur l’engagement d’Aung San Suu Kyi. Avec un certain culot par rapport aux canons de l’hagiographie cinématographique, "The Lady" montre surtout les conséquences de sa décision sur la vie privée de l’opposante. Le scénario de Rebecca Frayn rappelle, certes, que le père de "Suu" fut exécuté en 1962 lors du coup d’Etat militaire. Mais, hormis cet antécédent, les motivations profondes d’Aung San Suu Kyi restent une abstraction. Elle est naturellement opposante comme les généraux birmans sont forcément sanguinaires : "Je m’oppose, donc je suis"; "J’oppresse, donc je tue".

Derrière tout grand homme, se cache une femme. L’inverse est aussi vrai. Ironie : pour une fois qu’une femme est à l’honneur, les projecteurs se recentrent sur l’époux Mariée à Michael Aris, un universitaire britannique, et mère de deux enfants, Aung San Suu Kyi se retrouva de fait séparée d’eux dès sa mise en résidence surveillée. Le film se déroule sur deux continents, s’attardant autant sur "Suu" que Michael. Ce dernier, soutenant de manière indéfectible sa femme, se bat à distance, militant pour que lui soit décerné le prix Nobel de la paix ou que la Birmanie soit mise sous embargo. Le destin fut cruel : atteint d’un cancer de la prostate, Aris ne revit pas sa femme.

Paradoxalement, Besson, comme tétanisé à l’idée qu’on l’attende au tournant, s’efface jusqu’à n’adopter aucun point de vue. Il s’en remet dès lors essentiellement à ses acteurs qui ont, une fois n’est pas coutume chez lui, l’espace pour exister. En toute cohérence avec son implication dans le projet, Michelle Yeoh interprète son modèle avec grâce et dignité, s’effaçant à tel point derrière la Dame que sa ressemblance avec cette dernière en devient confondante. Comme "Suu" incarne le pilier du combat birman, Yeoh devient le point d’équilibre d’un film respectable, à l’angle original, mais imparfait.

Réalisation : Luc Besson. Scénario : Rebecca Frayn. Avec Michelle Yeoh, David Thewlis, 2h07.