Sleeping Beauty: belle de nuit

Pour payer ses études, une jeune femme vend son corps, à la science et à des vieillards en acceptant d’être une sleeping beauty. Une petite infusion le soir et elle se réveille le matin en ne se souvenant de rien. En se concentrant sur la forme, l’écrivaine Julia Leigh échoue à rendre passionnant un film qui avait tout pour l’être. Avec la formidable Emily Browning. 1h41

F.Ds
Sleeping Beauty: belle de nuit
©Imagine

Pour payer ses études, son loyer, Lucy a besoin d'argent. Elle se prête à des expériences médicales pénibles, multiplie les petits boulots - au bistrot ou à la photocopieuse - et drague un peu les hommes fortunés dans les bars. On en vient à se demander s'il reste du temps pour étudier, mais, apparemment, cela suffit. Par contre, de l'argent, elle n'en a jamais assez. Aussi, répond-elle à une petite annonce pour des prestations Horeca assez singulières : serveuse très déshabillée dans des dîners mondains très, très chairs.

Ravie de l'effet qu'elle produit et de sa parfaite discrétion, sa patronne lui propose de devenir une "sleeping beauty". Une petite infusion, et c'est dodo jusqu'au lendemain matin en ne se souvenant de rien. Qui a passé la nuit à côté d'elle? Qu'a-t-il fait avec son corps? Une seule chose lui est garantie, son vagin est un temple, toute pénétration est interdite. Il n'empêche, elle aimerait tellement savoir que cela finit par l'empêcher de dormir.

Ecrivaine renommée, encouragée par sa compatriote Jane Campion, Julia Leigh empoigne à son tour la caméra. Son premier film a tout pour être passionnant. A commencer par Emily Browning, l'interprète idéale. Cette jeune comédienne est plus que jolie, sa beauté est hypnotique, sa carnation laiteuse fait l'effet d'une Vénus de la Renaissance. En plus, elle est incroyablement volontaire, totale d'abandon dans les scènes de sexe, elle se montre héroïque dans l'impressionnante séquence d'ouverture inaugurale où elle se prête à une douloureuse expérience médicale. On est immédiatement happé par cette jeune fille, intrigué par le mystère de sa personnalité.

Le film fait-il le portrait d'une esclave de notre temps, contrainte de vendre son corps (à la science, à des vieillards) pour payer ses études? Traite-t-il plutôt de la perversité? Ou aborde-t-il la souffrance des vieillards trahis par leur corps?

Plus le film avance, moins il semble savoir où il va. C'est que Julia Leigh s'en désintéresse, concentrée sur la beauté de son cadre composé au millimètre, sur sa distance artistique; bref, sur l'élégance, la sophistication d'une forme glacée et cérébrale.

En fait, Julia Leigh se regarde filmer, rêve qu'elle est Buñuel(le) filmant " Belle de nuit ". Le spectateur, lui, finit par s'ennuyer en regardant cette histoire à dormir debout.


Réalisation, scénario: Julia Leigh. Avec Emily Browning, Rachael Blake, Ewen Leslie... 1h41.