A tout jamais: le grand départ

Ils ont fait les 400 coups, comme défier l’armée américaine devant la base de Florennes et aussi aimer ensemble la même femme qui voulait ainsi leur apprendre à partager.1h58

F.Ds
A tout jamais: le grand départ
©KFD

Ils ont fait les 400 coups, comme défier l’armée américaine devant la base de Florennes et aussi aimer ensemble la même femme qui voulait ainsi leur apprendre à partager. Désormais, c’est la maladie qu’ils vont devoir partager. Thomas est médecin et Mario, son meilleur ami, est subitement frappé par la sclérose en plaques. Très agressive, celle-ci attaque ses jambes qui ne le portent bientôt plus, son champ de vision se réduit, sa tuyauterie est victime de fuites de plus en plus humiliantes, sa mémoire est de moins en moins performante

En quelques années, Mario n’est plus que l’ombre de ce qu’il a été, il ne veut pas devenir le fantôme, le légume, il est déterminé à partir dans la dignité en rejoignant l’association qui milite en faveur de l’euthanasie. Ce combat, mené en première ligne, est difficile à vivre pour ses proches, dont son ami médecin prêt à tout pour aider son ami. A tout, sauf à cela.

Nic Balthazar aime-t-il les sujets lourds ? Après l’autisme dans "Ben X", il consacre un biopic à Mario Verstraete, le premier Belge à avoir "bénéficié" de la loi sur l’euthanasie (lire ci-dessous). Ce n’est pourtant pas le militant qu’il filme, mais l’homme dans son intimité, et plus encore le chemin à parcourir pour les proches, chez qui l’euthanasie n’est plus un concept, mais une réalité choquante. Celui de son meilleur ami médecin est, sans doute, le plus long. Acceptera-t-il de l’aider à partir ? Tel est le suspense de ce film qui fait le tour de la question d’un point de vue humain. La religion et la politique ne viennent guère s’immiscer parmi les parents, les amis, un petit garçon, la famille, tous soudés autour d’un objectif : permettre à Mario de continuer à vivre le plus confortablement possible. De son côté, Mario voit le verre de sa vie rempli à moitié, mais "est prêt à se battre pour chaque goutte, pourvu qu’on lui permette de partir avant d’être vide".

Après un départ assez calamiteux, où l’on sent le réalisateur pressé de planter ses personnages, le film prend heureusement ses marques grâce à un excellent duo d’acteurs. Koen De Graeve et Geert Van Rampelberg installent le ton recherché, mélange d’humour et de franchise. C’est que Nic Balthazar entend lutter en permanence contre le sentimentalisme posté en embuscade. Il cherche à alléger, voire à rendre amusants, des moments poignants, comme les rencontres avec son fils ou le choix d’un fauteuil roulant. Toutefois, cette lutte efficace contre le mélodrame lacrymogène a un effet pervers, la sensation que Mario Verstraete décide un peu rapidement de son départ, alors que son "verre" semble encore loin d’être vide.

Plus la fin approche et plus la pression émotionnelle se fait intense. C’est frontalement et dignement que Nic Balthazar aborde le maelström de la dernière journée, alors qu’émotion et malaise se télescopent. La question est posée et nul spectateur ne peut l’éviter.


Réalisation, scénario : Nic Balthazar. Producteur : Peter Bouckaert. Images : Danny Elsen. Avec Koen De Graeve, Geert Van Rampelberg, Lotte Pinoy... 1h58.