Petits bobos québécois

Le Québécois Jean-Marc Vallée recycle les éléments qui avaient fait le succès de “C.R.A.Z.Y.” (récit éclaté, bande-son, mise en scène rythmée) dans un film à l’intrigue tarabiscotée, éclatée entre le Montréal d’aujourd’hui et le Paris des années 60. Un film totalement artificiel mu par une philosophie baba-bête. 2 h.

H. H.

Antoine Godin est le David Guetta québécois. DJ à succès, il passe sa vie entre deux avions, entre deux soirées des deux côtés de l’Atlantique. Séparé de sa femme, il a refait sa vie avec une jolie jeune femme qui veille sur ses enfants. Mais la séparation avec l’ancien amour de sa vie est difficile Cinquante ans plus tôt, à Paris, Jacqueline élève seule son enfant trisomique en mère possessive et surprotectrice Deux destins singuliers que suit en parallèle "Café de Flore", réunis par un amour qui dévore tout sur son passage

Découvert chez nous, en 2006, avec l’ambitieux "C.R.A.Z.Y.", Jean-Marc Vallée est, à un peu moins de 50 ans, l’un des noms qui comptent dans le cinéma québécois actuel. Grisé par le succès de son film précédent, il recycle ici les ingrédients qui ont fait sa renommée : récit éclaté, mise en scène rythmée, bande-son omniprésente Le résultat, c’est que "Café de Flore" frappe par sa grande artificialité. En effet, chacune des deux histoires contées sonne faux. Ainsi, le Paris que filme Vallée sort tout droit d’une carte postale. Quand il n’apparaît pas anachronique; à l’image des rames de métro qui ressemblent à un décor de cinéma poussiéreux des années 40. Tandis que les petites mésaventures sentimentalo-sexuelles de son héros contemporain sont totalement déconnectées du monde réel. Jamais, on ne parvient à s’intéresser à ce personnage désincarné, pourtant interprété avec fougue par le jeune Kevin Parent (dont c’est le premier film). Tout aussi engagée dans son rôle de mère célibataire trop aimante, Vanessa Paradis n’est pas plus en cause

Le problème tient dans la posture de Jean-Marc Vallée, pour qui le cinéma n’est qu’une succession de scènes chiadées. Mais à force de s’intéresser à la forme, il n’accouche que d’une esthétique publicitaire. Un travers qui guettait déjà "C.R.A.Z.Y.", lequel était heureusement porté par un propos fort (libération du carcan familial, reconnaissance de l’homosexualité). S’il traite à nouveau de la famille et de la différence, le cinéaste ne parvient pas cette fois à se départir de sa position de poseur. Jusqu’à créer presque le malaise dans la façon d’aborder le handicap (n’est pas Van Dormael qui veut ). Surtout, le film pèche par une philosophie baba-bête et un scénario tarabiscoté qui tire des ficelles grosses comme des câbles pour tenter de réunir ces deux histoires. Avant de carrément se foutre de la gueule du spectateur dans un final détestable


Café de flore Scénario & réalisation : Jean-Marc Vallée. Photographie : Pierre Cottereau. Avec Vanessa Paradis, Kevin Parent, Hélène Florent, Evelyne Brochu 2 h.