Tavernier, Président des Magritte

Tavernier est le président de la 2e édition des Magritte. L’occasion de parler du cinéma belge, des César, des Oscars, de la “décence ordinaire” et de son prochain film.

Tavernier, Président des Magritte
©Reporters
Entretien, Fernand Denis

Pour la deuxième édition des Magritte, l’académie Delvaux qui pilote la cérémonie (1) s’est offert une personnalité qui apporte à la fois son prestige et une visibilité auprès de notre grand voisin. Un président de poids. En César notamment. On en trouve du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario dans son appartement. En bobines surtout, depuis "L’Horloger de Saint-Paul" en 1974. Les César n’existaient pas encore, ils commenceront en 1976 et Bertrand Tavernier remportera son premier et le premier César du meilleur réalisateur pour "Que la fête commence". C’est le deuxième long métrage d’une filmographie monumentale tant elle est riche en chefs-d’œuvre, variée en genres, étendue en thèmes, exceptionnelle en performances d’acteur. On rappellera que c’est à Tavernier que Michel Galabru doit son César pour "Le Juge et l’assassin".

Mais Tavernier n’est pas qu’un géant du 7e art, c’est aussi un incroyable cinéphile, un dingue de cinéma, notamment américain auquel il a consacré plusieurs livres (2). Mais toutes les autres cinématographies l’intéressent, dont la belge qu’il connaît. Des techniciens belges ont arpenté ses plateaux. Des comédiens aussi, Marie Gillain lui doit son meilleur rôle dans "L’Appât".

Avant de vous voir proposer la présidence de la cérémonie, connaissiez-vous l’existence des Magritte du cinéma ?

Oui, je suis à la SACD où siègent également des représentants de la SACD belge. Luc Jabon et André Buytaers me tiennent au courant de tout ce qui se passe en Belgique et notamment de cette initiative des Magritte. Je trouve que c’est un beau nom. Il n’est pas directement lié au cinéma mais je pense que sa peinture, ses titres, ont dû faire rêver des cinéastes. Ses tableaux sont des rêves.

Quelle relation entretenez-vous avec le cinéma belge ?

Très bonnes, j’ai travaillé avec des acteurs belges admirables, Marie Gillain que j’adore, deux fois et cela a failli être trois. Olivier Gourmet, je crois que j’ai été un des premiers à lui donner une scène de comédie au cinéma. Il jouait le producteur réalisateur Roger Richebé dans "Laissez-passer". Il disait ce genre de phrases : "Il ne faut pas rester coincé entre le marteau et l’écluse." (rires) Avec une telle assurance, sans montrer que la phrase est comique. Je viens de revoir le film en compagnie de centaines de lycéens, c’est d’une efficacité (rires). J’ai voté pour lui aux César il est génialissime dans "L’Exercice de l’Etat". J’ai aussi travaillé souvent avec des techniciens belges. L’équipe de "La Fille de D’Artagnan" était belge. La scripte Zoé Zurstrassen a participé à plusieurs de mes aventures. Je vois des films belges aussi. j’aime beaucoup ceux Bouli Lanners, de Joachim Lafosse, de Jaco van Dormael. Les frères Dardenne, bien sûr. De Poelvoorde. J’ai beaucoup d’admiration pour ce petit pays qui fait tellement de grands films.

Quelle serait pour vous la singularité du cinéma belge ?

Le fait d’avoir deux langues, d’abord. J’ai vu de beaux films flamands sélectionnés aux Magritte. De par son obligation d’être un peu local, le cinéma belge reste près des choses et n’est pas contaminé par les thèmes à la mode, ces dérives qui marquent le cinéma français ou américain. La plupart des films belges réussis sont très enracinés. Cela ne veut pas dire folkloriques, bien entendu. La réussite des frères Dardenne, c’est la même que celle de Ken Loach, des gens qui décrivent le monde des gens qui subissent, qui souffrent. Ils s’intéressent aux fantassins, aux soldats, aux gens qui sont dans les tranchées. Un cinéma qui n’est pas du côté des forts, et ça me touche.


(1) Retransmission en clair et en direct des "Magritte", ce samedi sur Be. TV dès 19h45. (2) Dont les classiques "Amis américains "et "50 ans de cinéma américain". Par ailleurs, il vient de publier "Le cinéma dans le sang", un livre d’entretien avec Noël Simsolo (Ecriture). Et à son initiative, l’Institut Lumière vient de traduire "La parade est passée" de Kevin Brownlow.


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