"L'Affaire Chebeya": procès tragique où souffle Shakespeare

Prêt à entamer une "tournée internationale" en salles et en festivals, le film de Thierry Michel a pourtant connu, au départ, de véritables difficultés de financement. "TV5 s’est montrée courageuse comme la Télévision suisse romande (TSR) et la RTBF. Ne sont restés que les fidèles, en fait, tandis que de grandes chaînes françaises internationales sollicitées se défilaient devant un sujet jugé trop ‘touchy’."

Karin Tshidimba

Prêt à entamer une "tournée internationale" en salles et en festivals, le film de Thierry Michel a pourtant connu, au départ, de véritables difficultés de financement. "TV5 s'est montrée courageuse comme la Télévision suisse romande (TSR) et la RTBF. Ne sont restés que les fidèles, en fait, tandis que de grandes chaînes françaises internationales sollicitées se défilaient devant un sujet jugé trop 'touchy'."

Paradoxalement, il n'a pas été compliqué d'obtenir une autorisation de filmer le procès Chebeya. "Depuis toutes ces années, je suis devenu résident congolais, je n'ai donc pas à demander de visa à chaque voyage. Et puis, je ne cherche pas à faire une critique systématique, mais bien un travail journalistique. J'essaie de fouiller sous l'écume des apparences et de poursuivre ma chronique entamée il y a 20 ans au Congo. Même si souvent, je dérange, il y a une reconnaissance congolaise du travail réalisé sur les convulsions de l'Histoire. La Cour militaire voulait montrer le sérieux de son travail. J'étais comme un bouclier pour son indépendance, parce que quand je filmais, tout était enregistré sur disque dur."

Ce qui n'a pas empêché les tentatives d'intimidation. "C'est vrai. Certaines personnes m'ont lâché, et on m'a prévenu que j'étais sur écoute. Il y a eu des 'dégâts collatéraux', notamment du côté des familles. Le fils de Bazana, le chauffeur 'disparu' de Floribert Chebeya, a été poursuivi jusque sur son site universitaire. Il y a eu une tentative d'enlèvement, des intimidations policières et des personnes qui ont perdu leur travail, comme l'un des chauffeurs en qui j'avais confiance, et qui s'est, finalement, désisté. Mais, au final, les autorités ne m'ont pas empêché de faire mon travail de cinéaste."

Leur erreur a "sans doute été ce simulacre de crime ou jeu sexuel qui n'a pas fonctionné", et a, tout de suite, pointé du doigt les autorités policières, analyse Thierry Michel. "Floribert Chebeya avait accumulé des dossiers sur les exécutions sommaires et les assassinats de journalistes. Le mobile principal reste la plainte qu'il allait déposer devant la CPI concernant les massacres du Bas-Congo. Il y a eu un rush médiatique au moment de l'enterrement de Floribert, un grand moment d'émotion, mais RFI est la seule radio à avoir rendu compte du procès du début à la fin, tandis que moi, je travaillais sur le long terme. Pour les télévisions étrangères, le plus difficile était les fluctuations incessantes d'audiences, grâce aux organisations des droits de l'homme et aux avocats qui me tenaient au courant, j'ai pu être présent à tous les moments cruciaux (reconstitutions, etc.)."

Aux yeux du réalisateur, même si le procès revêt les atours d'une "tragi-comédie shakespearienne, le verdict est relativement courageux, notamment le réquisitoire du ministère public qui était plus fort que ce que tous les avocats ont pu dire. C'est une avancée exemplaire : ce procès est une sorte de baromètre de la société congolaise. Le courage le plus grand est le fait de la société civile et de l'Eglise qui a prononcé des critiques terribles. Si bien qu'on ne peut pas dire, en voyant ce film, qu'on est dans l'afropessimisme".

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