Tragédie russe

La Russie aujourd’hui. Le jour se lève lentement sur la façade d’un immeuble de grand standing. Un arbre mort et un corbeau qui croasse confèrent à l’image une ambiance morbide. Elena se lève dans sa petite chambre un peu sinistre. Elle commence sa journée réglée dans un appartement grand luxe, qu’elle partage avec Vladimir. Compagnons, amants, époux ? Le récit dévoilera progressivement la nature exacte de leur relation, étrange et strictement réglementée. Outre Vladimir, Elena doit s’occuper de Sergueï, son fils quadra, buveur et chômeur, inapte à gérer une famille qui s’agrandit. Vladimir a beau lui faire la leçon, ses rapports avec sa propre fille ne sont guère meilleurs, et tout autant contaminés par l’argent, dont Vladimir ne semble guère s’inquiéter.

A. Lo.

La Russie aujourd’hui. Le jour se lève lentement sur la façade d’un immeuble de grand standing. Un arbre mort et un corbeau qui croasse confèrent à l’image une ambiance morbide. Elena se lève dans sa petite chambre un peu sinistre. Elle commence sa journée réglée dans un appartement grand luxe, qu’elle partage avec Vladimir. Compagnons, amants, époux ? Le récit dévoilera progressivement la nature exacte de leur relation, étrange et strictement réglementée. Outre Vladimir, Elena doit s’occuper de Sergueï, son fils quadra, buveur et chômeur, inapte à gérer une famille qui s’agrandit. Vladimir a beau lui faire la leçon, ses rapports avec sa propre fille ne sont guère meilleurs, et tout autant contaminés par l’argent, dont Vladimir ne semble guère s’inquiéter.

Prix spécial du Jury Un Certain Regard à Cannes l’année dernière, Andreï Zviaguintsev décline son thème de la filiation et de la transmission (déjà exploré dans "Le Retour" et "Le Bannissement") dans ce portrait sans concession d’une famille recomposée, mais désunie. La musique de Philip Glass a des échos de thriller. L’image, léchée, de son directeur photo Mikhaïl Kritchman, la mise en scène, en longs plans fixes ou lents travellings, traduisent un esthétisme à vocation de parabole.

Dans cette société, la lutte des classes a disparu. Elles vivent désormais dans des mondes séparés - entre lesquels Elena va et vient. Chacun en a pris son parti : tous les rapports, d’une manière ou d’une autre, sont régis par un argent directement ou insidieusement corrupteur. Fort de celui-ci, Vladimir, le nouveau riche, se croit autorisé à faire la morale à Elena, l’ex-infirmière. Sergueï et sa femme, parents démunis mais aussi incapables, sont convaincus que grâce à celui-ci, ils pourront acheter à leur fils Sasha un avenir universitaire. Même Katerina, la fille de Vladimir, en apparence indifférente au matérialisme, révélera sa part de cupidité. Quant à Elena, elle contemplera la mise à mort de sa pureté sous la forme d’un cheval blanc écrasé par un train. La fin du monde - "qui arrive" comme le déclare en riant Katerina à son père - est présagée sous la forme d’une panne de courant, suivie d’une brusque flambée de violence juvénile, qui ne laisse qu’un faible doute quant au destin de Sasha. Restera, in fine, un faible espoir, dans la contemplation d’une partie de football dans un quartier protégé ou d’un bébé dont le nouveau cadre de vie peut augurer d’un déterminisme meilleur. Mais ne s’endort-il pas sur le lit d’un mort ?

Andreï Zviaguintsev n’est clairement pas optimiste sur la nature humaine ou l’évolution de son pays. Mais il a l’art de transcender ses questions à l’écran. Comme Elena brûle des cierges aux icônes, lui a foi en son art.

Réalisation : Andreï Zviaguintsev. Scénario : Oleg Negin et Andreï Zviaguintsev. Avec : Nadezha Markina, Andrey Smirnov, Elena Lyadova 1 h 49.