La cité de la joie

Retraités ou approchant de l’âge de la retraite, une poignée de citoyens britanniques se retrouvent face à eux-mêmes, à des désirs inassouvis, à des secrets de famille ou au déclassement social. Un ultime baroud amène ces inconnus à se retrouver dans le même avion, en route pour le même hôtel de Jaipur, le Best Exotic Marigold Hotel. Ultime miroir aux alouettes : le palace moderne pour retraités n’est qu’une ruine que le jeune propriétaire s’acharne à maintenir en activité en mémoire de son père.

A.Lo.

Retraités ou approchant de l’âge de la retraite, une poignée de citoyens britanniques se retrouvent face à eux-mêmes, à des désirs inassouvis, à des secrets de famille ou au déclassement social. Un ultime baroud amène ces inconnus à se retrouver dans le même avion, en route pour le même hôtel de Jaipur, le Best Exotic Marigold Hotel. Ultime miroir aux alouettes : le palace moderne pour retraités n’est qu’une ruine que le jeune propriétaire s’acharne à maintenir en activité en mémoire de son père.

Le schéma est classique, et les jours suivant, l’équipe mal assortie va s’apprivoiser mutuellement, tout en découvrant cet environnement étranger. Il y a de "La croisière s’amuse" dans ce nouveau film de John Madden (" Capitaine Corelli", " Shakespeare in Love"). Secrets à révéler, vérités à affronter, prise de conscience à effectuer : chacun devra régler son problème avant la fin du voyage - et l’âge moyen du groupe présage que tout le monde n’en sortira pas indemne. L’exotisme est là pour illuminer l’ensemble, quitte à sacrifier à quelques clichés (la scène de marchandage). Ce qui sauve l’ensemble, c’est la brochette d’actrices et d’acteurs britanniques réunis. Judi Dench (en veuve enfin autonome), Bill Nighy (confronté à une femme perpétuellement insatisfaite), Maggie Smith (en vieille acariâtre xénophobe) ou Tom Wilkinson (qu’on n’avait plus vu dans un rôle aussi touchant depuis longtemps) s’en donnent à cœur joie avec des dialogues joliment troussés - qu’il faut évidemment apprécier en V.O., comme lorsque Judi Dench, reconvertie en conseillère culturelle d’un call center indien, s’attache à expliquer l’expression "to dunk".

Si la recette est élémentaire et manque peut-être un rien d’épices, on notera que, une fois n’est pas coutume, la vieille marmite est bienvenue : ce n’est pas toutes les semaines que l’on voit un film dont les cibles de base sont les seniors. Parti pris, certes commercial, mais assumé avec décence. Et, mine de rien, l’observation sociale n’est pas si outrée : la veuve dont le défunt mari lui avait caché ses dettes, le couple dont le fonds de pension a fondu sous les produits toxiques, ou le vieux célibataire en quête d’un amour perdu, on a tous croisé ou entendu cela autour de nous. Comme "Young Adult", de Jason Reitman, qui, coïncidence, sort cette semaine en Belgique, "The Best Exotic Marigold Hotel" insiste aussi sur l’idée qu’il vaut mieux oser vivre sa vie que regretter de ne l’avoir pas vécue. Bien qu’en mode mineur, la fable vaut bien le voyage, fût-il en charter.

Réalisation : John Madden. Scénario : Ol Parker. Avec Judi Dench, Bill Nighy, Tom Wilkinson, Maggie Smith, Dev Patel, 2h04.