Les voleurs du Marsupilami

D’Alain Chabat, on pouvait attendre le meilleur avec cette adaptation au grand écran du plus célèbre marsupial de la bande dessinée.

Les voleurs du Marsupilami
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F.Ds

D’Alain Chabat, on pouvait attendre le meilleur avec cette adaptation au grand écran du plus célèbre marsupial de la bande dessinée. Après tout, n’a-t-il pas signé la plus réussie - dans l’esprit - de la saga "Astérix" ? Hélas ! Franquin rejoint la (longue) liste des auteurs qui font la toupie dans leur tombe.

Ce n’est pas que le film de Chabat soit médiocre. Travaillant dans un esprit très gamin - pour viser le jeune public - le réalisateur et scénariste a-t-il omis qu’une large frange du public serait composée des "vieux" lecteurs, sans doute en attente d’un ton un tantinet plus raffiné que celui de ses potaches et cultes séquences "Toto" ? En soi, cet humour n’est certes pas médiocre, surtout assumé par un Chabat particulièrement talentueux dans l’art de l’asséner avec aplomb (voir la prophétie animée des Payas, particulièrement savoureuse), mais ce n’est pas celui de Franquin (et de Delporte) - sauf peut-être dans la devise palombienne : "Palompeu, mais palombien !"Mais comme trop souvent dans ce genre d’exercice, les auteurs têtes d’affiche n’ont pas laissé l’univers fort d’origine venir à eux, mais le squattent avec leurs propres bagages, parfois encombrants. Chabat a sans doute été gêné aux entournures par les conditions des droits d’adaptation : ceux du Marsupilami appartenaient à Franquin, mais les personnages connexes sont propriétés des éditions Dupuis.

Le scénario, sans queue ni tête, n’est que prétexte à une série de sketches. Un journaliste en perte de vitesse (Chabat) est envoyé en Palombie avec mission de ramener un reportage exclusif sur les Indiens Paya. On lui adjoint un guide local (Jamel Debbouze), escroc par nécessité (il doit nourrir une ribambelle de gamins longue comme la queue d’un Marsupilami). Mais le cœur de la forêt palombienne recèle un autre secret, menacé par un vieux botaniste en quête de sa jeunesse perdue.

Comme dans "Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre", Jamel Debbouze vole la vedette. L’alchimie avec ce grand gamin de Chabat fait moins d’étincelles que naguère, sans doute parce qu’elle use des mêmes recettes. Si certaines scènes font encore mouche (Lambert Wilson en clone de Freddie Mercury travesti en Céline Dion sous exta ), elles auraient pu être dans n’importe quel film.

Le Marsupilami en perd son Franquin, réduit à faire de la figuration. Des yeux trop irisés, un plastron trop largement blanc et des gargouillements qui semblent copiés/collés d’une banque de son hollywoodienne pour bestiaire fantastique feront de surcroît hurler les puristes. Et tant pis si Chabat et son équipe d’effets spéciaux, bons élèves, ont reproduit la gestuelle et quelques cases mythiques du Marsupilami à la perfection - avec clin d’œil au "Nid des Marsupilami", la poésie et les doudlidoudlidoudli de Madame en moins.

Malgré la sincérité de Chabat, qui multiplie les allusions aux origines géographiques du personnage (le juron "Hijos de Speculos" de Jamel), ce Marsupilami-là a été volé à son auteur. Mais pouvait-il en être autrement ?


Réalisation et scénario : Alain Chabat. Avec : Jamel Debbouze, Alain Chabat, Lambert Wilson, 1h45