Adrian Brody ou la difficile vie de prof

Depuis "Graine de Violence", de Richard Brooks, on sait que le métier de professeur peut relever du sacerdoce. Mais on en a fait du chemin depuis que Glenn Ford se dressait, au risque d’être traité de raciste, pour défendre une collègue agressée. Aujourd’hui, c’est bien pire.

Adrian Brody ou la difficile vie de prof
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F.Ds

Depuis "Graine de Violence", de Richard Brooks, on sait que le métier de professeur peut relever du sacerdoce. Mais on en a fait du chemin depuis que Glenn Ford se dressait, au risque d’être traité de raciste, pour défendre une collègue agressée. Aujourd’hui, c’est bien pire, si on en croit ce "Detachment", de Tony Kaye, sorte de version "indépendante" et nettement plus trash du "Cercle des poètes disparus". En effet, ce n’est pas dans un collège sélect pour enfants privilégiés, mais dans un établissement à discrimination positive que se rend un intérimaire, en remplacement d’un collègue souffrant.

Elèves hyperviolents dont la préoccupation essentielle est de perturber la classe. Parents hystériques qui se déchargent de l’éducation de leur progéniture sur l’école. Professeurs shootés aux médocs, au bout, voire au-delà du rouleau. Bref, l’école ne ressemble plus à un ascenseur social, mais à une préparation à l’enfer. On y survit comme on peut, en développant toutes sortes de stratégies de protection, notre intérimaire s’étant réfugié dans l’indifférence, le détachement.

Avec une inventivité stupéfiante, des audaces de mise en scène bluffantes, Tony Kaye, cinéaste dont on avait perdu la trace depuis "American History X", brosse un tableau percutant d’un enseignement en total dysfonctionnement.

Très dynamique, d’un bouillonnement permanent, le film force un équilibre étonnant entre une volonté documentaire et des fulgurances formelles. Ainsi, aux témoignages de profs, face caméra, succèdent des séquences d’animation. Sur le fond, il pointe les problèmes les uns après les autres pour, finalement, se fixer sur une tangente, en développant maladroitement un mélodrame dont les liens avec le sujet sont pour le moins distendus.

Au bout du compte, Tony Kaye réussit un film palpitant et agaçant à la fois. Palpitant, car avec un formidable Adrian Brody, le pianiste de Polanski, il organise une stimulante visite guidée du système éducatif américain délabré. Et agaçant, car il semble renoncer à son sujet pour s’égarer dans une intrigue édifiante de chien perdu sans collier. On a le sentiment d’être passé à côté d’un grand film, alors que Tony Kaye avait la matière, les idées, l’énergie pour le réussir.


Réalisation : Tony Kaye. Scénario : Carl Lund. Avec Adrien Brody, James Caan, Christina Hendricks 1h37.


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