Famille à recomposer

Il ne faut pas confondre famille recomposée et recomposer la famille (dont les liens entre ses membres se sont distendus). Le cinéma - belge, en l’occurrence - a, semble-t-il, à cœur de mettre en scène la distinction. Dans "Torpédo", une famille composée en cachait une autre à recomposer. François Damiens se construisait une famille artificielle afin de renouer le contact avec son père et sa sœur.

F. Ds

Il ne faut pas confondre famille recomposée et recomposer la famille (dont les liens entre ses membres se sont distendus). Le cinéma - belge, en l’occurrence - a, semble-t-il, à cœur de mettre en scène la distinction. Dans "Torpédo", une famille composée en cachait une autre à recomposer. François Damiens se construisait une famille artificielle afin de renouer le contact avec son père et sa sœur.

"De leur vivant" aborde la question sous un tout autre ton. Et pour cause, c’est le jour de l’enterrement de maman. Les trois enfants se retrouvent dans le petit hôtel familial posé en pleine nature. En attendant que le père, resté couché, accepte de se lever, ils discutent succession. Le grand frère a décidé. On va tout vendre et on achètera un petit appartement à papa, pas loin de son frère ou de sa sœur. C’est que lui, il vit au Danemark. L’affaire étant conclue, il disparaît avec le premier avion.

Le lendemain, alors que des agents immobiliers visitent, une femme enceinte se présente naïvement pour louer une chambre. Les enfants lui disent gentiment que l’hôtel est fermé, mais le père prend la valise et conduit la cliente dans la plus confortable de ses huit chambres. Dans cette famille, on ne se parle pas, mais chacun n’en pense pas moins.

Pour son premier long métrage, Géraldine Doignon a empoigné un sujet lourd, sans doute trop, car son approche se révèle plutôt oppressante, les métaphores pesantes et, surtout, les dialogues plombés. L’animation visuelle, avec ses flous manifestement artistiques et ses très gros plans très agités, ne fait rien pour alléger l’ensemble.

Heureusement, en dépit d’un récit qui avance au rythme d’une démonstration de trigonométrie, les acteurs parviennent à insuffler de la vie dans un dialogue dont les intentions clignotent comme des néons. Mathylde Demarez et Yoann Blanc captent l’attention, donnent de la chair, de l’humanité, de la vie à leur personnage. Malgré tout son talent, Christian Crahay peine à faire exister cet inconsolable mari qui téléphone à sa femme pour lui laisser des messages dans l’au-delà. Heureusement pour la facture, le film est tax-sheltérisé par Belgacom.

Réalisation, scénario : Géraldine Doignon. Avec Christian Crahay, Mathylde Demarez, Yoann Blanc 1h28.

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