Wes, délicieusement à l’ouest

Il n’y a pas une seconde à perdre du nouveau film de Wes Anderson. Ni au début ni à la fin. Le générique vient de commencer qu’on se croirait encore dans son film précédent, "Fantastic Mr Fox", dans une maison de poupées ou la caméra travelingue et panoramique sans contrainte.

Fernand Denis

Il n’y a pas une seconde à perdre du nouveau film de Wes Anderson. Ni au début ni à la fin. Le générique vient de commencer qu’on se croirait encore dans son film précédent, "Fantastic Mr Fox", dans une maison de poupées ou la caméra travelingue et panoramique sans contrainte.

De la cave au grenier, chaque pièce est un adorable décor miniature méticuleusement composé comme ceux de "Fantastic Mr Fox". Sauf qu’ils ne sont pas miniatures, et le petit garçon qui écoute sa leçon de musique classique n’est pas une marionnette. Et il n’y a pas que le mobilier et l’électrophone qui datent des années 60. La mentalité, aussi. On s’en rend compte lorsque le film commence dans un camp scout où le chef procède, la clope au bec, à l’inspection matinale de sa petite troupe. Damned, Sam manque à l’appel, le schtroumpf à lunettes s’est évadé.

L’alerte est alors déclenchée sur cette île au large de la Nouvelle-Angleterre, reliée deux fois par jour au continent par un ferry. Elle nous a d’ailleurs été présentée géographiquement. Mais aussi dramatiquement, une tempête est attendue dans trois jours.

Alors que les scouts et le policier local ont entamé les recherches, un autre enfant a disparu : Suzy, l’aînée un peu "spéciale" des quatre enfants Bishop, ce couple d’avocats dont on vient de visiter la maison en détails. La bonne nouvelle - pour le policier -, c’est que Sam et Suzy se connaissent. Ces deux-là se sont lancés dans une aventure naturelle. Comme marcher à travers les bois, pagayer dans les rivières, cuire au feu de bois du poisson fraîchement pêché, ou encore dormir sous la tente. Et tomber amoureux pour la première fois. A douze ans.

Cette grande aventure, Wes Anderson la raconte à sa manière, désormais inimitable, avec décalage et avec style, ce qui établit une distance entre le spectateur et la situation.

Une distance élégante dans le sens artistique. Il a ce goût de la composition du plan, de la beauté des objets, on dirait des dessins vivants de Norman Rockwell. Une distance humoristique, elle passe du burlesque (une mère appelle ses enfants à table au mégaphone) au poétique (une fille fugue en emportant une grosse valise pleine de livres, son électrophone portable et son 45 tours de Françoise Hardy), avec des détours par le comique de situation et l’ironie adulte. La distance est aussi musicale et lyrique, c’est du Britten. Enfin, la distance est intense, de cette intensité unique aux choses qu’on vit pour la première fois. D’autant que notre orphelin et notre "dérangée" se sentaient seuls au monde jusque-là.

On retrouve dans "Moonrise Kingdom" toutes les caractéristiques du cinéma de Wes Anderson, la famille qui dysfonctionne, les héros aux idées fixes, le jeu à l’ouest des acteurs. Et tout ce qui faisait déjà le charme de l’auteur de "Rushmore" et de "Famille Tenenbaum" semble avoir été démultiplié à la suite de l’expérience animée de Mr Fox. De quoi ravir ses fans et en accueillir de nouveaux dans l’univers réellement enchanté de Mr Anderson.

Réalisation : Wes Anderson. Scénario : Wes Anderson, Roman Coppola. Avec Jared Gilman, Kara Hayward, Bille Murray, Frances McDormand, Bruce Willis, Edward Norton, Tilda Swinton, Bob Balaban 1h34.