Intégration : pas le droit à l’échec

Dans la banlieue de Lille, Ali, Nasser et Hamza, la vingtaine, cherchent tant bien que mal leur place dans la société française, entre demandes de stage infructueuses et séances de glande au pied des barres d’immeuble.

Intégration : pas le droit à l’échec
©U Dream
H. H.

Dans la banlieue de Lille, Ali, Nasser et Hamza, la vingtaine, cherchent tant bien que mal leur place dans la société française, entre demandes de stage infructueuses et séances de glande au pied des barres d’immeuble. Plus âgé qu’eux, le charismatique Djamel sait parfaitement comment leur parler pour attiser leur colère vis-à-vis d’une société incapable de leur donner une chance. A ce petit jeu, c’est Ali qui se montre le plus à l’écoute, glissant petit à petit vers l’islamisme radical

Pour son premier film, Rashid Debbouze casse son image de comique beur -il a débuté, comme son frère Jamel, par le one man show - pour s’enfoncer dans un film difficile, quasi prémonitoire. Lors de son avant-première mondiale à la Mostra de Venise en septembre 2011, rien ne laissait supposer, en effet, qu’un certain Mohamed Merah commettrait des attentats islamistes à Toulouse. Depuis, toutes les télés et radios ont fait appel aux spécialistes de l’islamisme radical pour tenter d’expliquer comment un jeune Français avait ainsi pu verser dans le terrorisme. Soit exactement le sujet filmé par Philippe Faucon dans une fiction sans concession. Un petit film court (même pas 1 h 20) d’une rare densité, où est disséqué l’engrenage du rejet, de la haine et de la violence.

Philippe Faucon, qui a passé quatre années de sa vie au Maroc et en Algérie, a souvent traité des rapports entre les Maghrébins avec la France, que ce soit dans "Samia", "La trahison" ou "Dans la vie". Avec "La désintégration", il va plus loin, posant clairement la question de la faillite de l’intégration. Apre et naturaliste, le film enregistre cette solitude sociale dans laquelle sont laissés des quartiers entiers, où les symboles de l’Etat (police, école, bureau de poste ) tendent à disparaître. Face à cette exclusion qui ne dit pas son nom, le discours proposé par un prédicateur à la voix suave et au visage doux ne peut que séduire des gamins perdus. Et la grande force de "La désintégration" est de faire entrer le spectateur en empathie avec eux, permettant de comprendre leurs motivations.

S’il n’y a pas de jugement chez Faucon, il n’y a pas d’angélisme non plus. Il ne s’agit évidemment jamais d’excuser les djihadistes. Parcouru d’une sourde angoisse, d’un climat lourd, "La désintégration", malheureusement parfois un peu trop théorique, voire simpliste, fait plutôt part d’un constat inquiétant. Alors que les positions ne cessent de se radicaliser - on l’a encore bien vu aux élections présidentielles françaises, où la digue entre droite et extrême droite a rompu -, la situation ne pourra aller qu’empirant. Car dans un monde poussé à l’individualisme extrême, où les notions de solidarité et de fraternité reculent, la tendance au rejet de tout le malheur du monde sur l’autre est inévitable. Et, comme le montre très bien "La désintégration", cela ne fonctionne pas que dans un sens


Réalisation : Philippe Faucon. Scénario : Eric Nebot. Avec Rashid Debbouze, Yassine Azzouz, Ymanol Perset, Mohamed Nachit 1 h 18.