Le retour de Terence Davies

C’est en 1988, à Cannes, qu’on a découvert Terence Davies avec "Distant Voices, Still Lives". Pour ressusciter l’atmosphère, la mentalité, les bonheurs et les souffrances d’un quartier ouvrier de Liverpool, Terence Davies n’avait pas recours à un récit, mais à des chansons populaires des années 40-50. Filmé avec une très grande beauté formelle, on y voyait, pour l’essentiel, des gens chanter. Au travers de leurs mélodies, de leur voix, on ressentait très profondément leurs sentiments. "Distant Voices" était une tragédie musicale, un de ces films touchés par la grâce qui imprime une émotion artistique indélébile, un de ces films qu’on n’oserait revoir de peur de toucher à cette sensation magnifiée par les années.

F.Ds

C’est en 1988, à Cannes, qu’on a découvert Terence Davies avec "Distant Voices, Still Lives". Pour ressusciter l’atmosphère, la mentalité, les bonheurs et les souffrances d’un quartier ouvrier de Liverpool, Terence Davies n’avait pas recours à un récit, mais à des chansons populaires des années 40-50. Filmé avec une très grande beauté formelle, on y voyait, pour l’essentiel, des gens chanter. Au travers de leurs mélodies, de leur voix, on ressentait très profondément leurs sentiments. "Distant Voices" était une tragédie musicale, un de ces films touchés par la grâce qui imprime une émotion artistique indélébile, un de ces films qu’on n’oserait revoir de peur de toucher à cette sensation magnifiée par les années.

Forcément, lorsqu’on atteint un tel niveau d’accomplissement artistique, la suite est toujours un peu décevante. Un tout petit peu dans "The Long Day Closes", un tout petit peu plus dans "The Neon Bible", et puis davantage, au point de voir Terence Davies disparaître des écrans.

C’est donc avec plaisir qu’on le retrouve au cœur de son univers, l’Angleterre d’après-guerre. Instantanément, on reconnaît sa somptuosité picturale. Pour sûr, c’est une toile, de la peinture à l’huile qui nous est donné de voir, une obsession de l’éclairage digne de Georges de La Tour. Mais c’est bien du cinéma, tant dans les plans fixes que dans les élégants mouvements de caméra. Ah ! ce clin d’œil de l’ampoule dans le plan inaugural , un petit bonheur comme le cinéma en donne rarement.

En revanche, pas de chanson, mais de la musique. C’est le concerto pour violon de Simon Barber qui est chargé de nous raconter la passion d’une épouse séduite par un jeune héros de la RAF. Il y a juste quelques mots qui résonnent comme des instruments, des coups de cymbale qui frappent l’imagination. Terence Davies semble avoir trouvé la formule du changement dans la continuité, délaissant les mélodies populaires pour une partition très expressive, traduisant son point de vue sur l’amour, ce mélange d’excitation et de peur tel que le définit l’auteur de la pièce, Terence Rattigan.

Mais plus le film avance, plus les personnages s’embourbent dans un triangle conventionnel, plus Davies se perd dans une construction inutilement complexe. On se consolera en regardant Rachel Weisz qui n’a jamais été aussi sublime, dévastée, glamoureuse et bouleversante.

Réalisation, scénario : Terence Davies, d’après la pièce de Terence Rattigan. Image : Florian Hoffmeister. Avec Rachel Weisz, Tom Hiddleston, Simon Ru ssel Beale 1h38.