Take the money and rhum

Le film à sketches ne manque de particularités. Ainsi, il peut être magique pendant 20 minutes et apocalyptique, les 20 minutes suivantes. Il réserve aussi un plaisir cinéphile, celui d’essayer d’identifier le réalisateur du segment. Le style saute aux yeux autant que son absence. Certains ont un regard, d’autres pas.

Fernand Denis

Le film à sketches ne manque de particularités. Ainsi, il peut être magique pendant 20 minutes et apocalyptique, les 20 minutes suivantes. Il réserve aussi un plaisir cinéphile, celui d’essayer d’identifier le réalisateur du segment. Le style saute aux yeux autant que son absence. Certains ont un regard, d’autres pas.

En route pour La Havane ! A l’aéroport, un touriste américain doit changer ses dollars. Benicio del Toro le suit durant toute la journée, et la nuit, à la découverte de la ville. Après avoir réalisé cette maladroite carte postale, l’interprète du Che sait désormais que sa place est devant la caméra.

Ensuite Pablo Trapero, le cinéaste argentin qui vient de faire tourner Jérémie Renier dans "L’éléphant Blanc". Il met, lui aussi, en scène un touriste, mais particulier, l’invité d’honneur du festival de La Havane : Emir Kusturica. Un sacré boulot pour son chauffeur, qui est aussi garde du corps, son habilleur, son gardien, son guide dans Havana by night. C’est du boulot de tenir Emir, aussi l’emmène-t-il chez lui où il joue de la trompette. C’est joli mais, musicalement, c’est peanuts à côté de la salsa cuivrée qui fait trembler la casa de la musica.

L’Espagnol Julio Medem est le cinéaste de la passion. Mais celle d’un producteur européen de disques pour cette jolie chanteuse est-elle sincère ? Doit-elle le suivre pour enregistrer un disque à Madrid ou rester à La Havane près de son macho de base-baller ? Partir ou rester?, une question qui taraude plus d’un Havanais.

Le quatrième, c’est le meilleur. On identifie immédiatement le regard d’Eli Suleiman. Il observe la ville et se l’approprie. Les vieilles voitures américaines, les femmes songeuses devant la mer, le zoo sans animaux et les discours fleuves du Líder Máximo; tout devient drôle ou poétique à travers le prisme décalé de l’œil décalé du Palestinien. De plus, cette dimension courte semble idéale pour lui.

Gaspar Noé, lui, s’intéresse aux exorcismes demandés par les parents inquiets des penchants homosexuels de leurs filles. Le réalisateur de "Enter the void" aime les sujets chauds, mais il ne s’est pas foulé. Pour lui, c’est juste "Take the Money and Rhum". Attention : risques d’assoupissement.

Vient Juan Carlos Tabio, le régional de l’étape, pour raconter la journée d’une pâtissière qui se lève aux petites heures pour préparer une grosse commande de gâteaux. Et pendant que les blancs montent en neige, l’électricité s’arrête, la meringue est foutue. Où trouver les œufs pour recommencer ? Ça sent la pâtisserie et le vécu, celui de la double journée pour vivre décemment.

Laurent Cantet ferme le rideau avec une vieille Cubaine entre ses murs. La Vierge lui est apparue durant la nuit et lui a demandé de construire une fontaine en son honneur dans sa pièce. Alors, elle a réveillé tout l’immeuble, sollicité ses voisins et voisines priés d’activer toutes leurs combines afin d’exécuter la demande. Quand la foi fait apparaître la force de la solidarité et le goût de la fête.

Soit un city trip à La Havane, avec ses pièges à touristes et ses découvertes authentiques, ses cartes postales et ses bouffées d’atmosphère.

Réalisateurs : Benicio del Toro, Pablo Trapero, Julio Medem, Eli Suleiman, Gaspar Noé, Juan Carlos Tabio, Laurent Cantet 2h09.