La grande évasion

Après "Le voyage extraordinaire de Samy" (2010), Ben Stassen replonge pour de nouvelles aventures de sa tortue de mer. Sammy a vieilli (et doublé son "m" au passage dans le titre officiel). Il vient d’assister à la naissance de Lola, sa petite-fille, et de Ricky, le petit-fils de son fidèle ami Ray, lorsqu’il est capturé par des humains. Livrés au grand aquarium d’un complexe hôtelier d’un émirat du Golfe, véritable Las Vegas sous-marin, Sammy, Ricky et leurs compagnons de captivité vont chercher par tous les moyens à fuir cette prison dorée.

A.Lo.

Après "Le voyage extraordinaire de Samy" (2010), Ben Stassen replonge pour de nouvelles aventures de sa tortue de mer. Sammy a vieilli (et doublé son "m" au passage dans le titre officiel). Il vient d’assister à la naissance de Lola, sa petite-fille, et de Ricky, le petit-fils de son fidèle ami Ray, lorsqu’il est capturé par des humains. Livrés au grand aquarium d’un complexe hôtelier d’un émirat du Golfe, véritable Las Vegas sous-marin, Sammy, Ricky et leurs compagnons de captivité vont chercher par tous les moyens à fuir cette prison dorée.

Tel son héros, Ben Stassen travaille cette fois en tandem, épaulé à la réalisation par Vincent Kesteloot. Le scénario vise toujours le plus jeune public : le rythme de la narration est volontairement mesuré. Grand chantre de la 3D Relief, dans laquelle son studio nWave excelle, il veille cette fois à ce que son film jouisse aussi d’autres arguments, et c’est tout à son avantage. Là où le premier épisode péchait par un excès de segmentation, prenant l’apparence d’une juxtaposition de scènes quasi indépendantes les unes des autres, celui-ci développe une intrigue plus dense et soutenue, avec une progression dramatique et une évolution psychologique des personnages beaucoup plus fines. La galerie de seconds rôles s’étoffe, aussi. Outre les deux rejetons, on trouve parmi les compagnons de (més)aventures de Sammy et Ray, un Block Fish, un homard aux pinces schizophrènes, deux murènes mercenaires, un requin littéralement marteau, deux pieuvres gentilles, un hippocampe en parrain des bas-fonds

Comme dans "Samy", l’imagerie et le design évoquent toujours, près de dix ans après, "Le Monde de Nemo", de l’Américain Andrew Stanton. L’équipe de nWave, le studio bruxellois de Ben Stassen, se distingue toutefois et fort heureusement des trop nombreux et pâles copistes du studio Pixar par son exigence technique et un savoir-faire désormais patenté. L’aquarium-parc d’attraction où échoue Sammy permet de multiplier les décors impressionnants, aux couleurs chatoyantes. Les valeurs de plan alternent, les variations de lumières sont permanentes, la caméra virtuelle explore les moindres recoins. Les personnages ont chacun leur personnalité, traduite par un langage corporel spécifique qui ne doit rien aux automatismes intégrés à la va-vite dans le manuel du parfait petit animateur. On devine ici un travail constant sur le découpage de chaque scène. Une poursuite dans les coursives de l’aquarium tentaculaire est particulièrement impressionnante et réussie : ses auteurs n’ont rien à envier à leurs concurrents. Et il suffit de voir se mouvoir les deux murènes pour distinguer les animateurs de nWave des tâcherons qui sévissent du nord au sud de l’Europe.

Alors, bien sûr, il y a quelques facilités ou clichés - en témoigne la bande originale : une version arabisante de "Rock in the Casbah" des Clash, un remix de "Rock Lobster" des B 52’s ou "All Along the Watchtower" de Jimi Hendrix Mais les références (volontaires ou non) sont au moins assumées au point d’en jouer ou de suggérer que personne n’est dupe (et que les espèces animales ne sont pas le copyright des studios américains) : on croise à un moment un poisson clown, mais qui, au contraire de son angoissé de cousin américain, mérite bien son nom.

Le jeune public s’y laissera prendre et, visuellement, les grands accompagnateurs auront l’impression d’en avoir pour leur argent. Au vu de la progression artistique de nWave en trois longs métrages, on attend avec impatience le prochain "Enchanted House" qui promet d’emmener l’équipe vers d’autres horizons esthétiques.

Réalisation : Ben Stassen et Vincent Kesteloot. Scénario : Domonic Paris. Avec les voix françaises de Franck Dubosc, Elie Semoun, Fred Testot ... 1h32.

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