Magic Mike

Si on faisait un blind test, il est probable que bien peu de cinéphiles identifieraient ce film comme étant l’œuvre de Steven Soderbergh. Hormis le recours aux filtres ocre ad nauseam, rares sont les signes distinctifs trahissant la patte du réalisateur de "Traffic" ou "Ocean’s Eleven" - sans même remonter jusqu’à "Sexe, mensonges et vidéo" qui, au fil des ans, finirait presque par apparaître comme un lointain heureux accident de début de parcours.

A.Lo.

Si on faisait un blind test, il est probable que bien peu de cinéphiles identifieraient ce film comme étant l’œuvre de Steven Soderbergh. Hormis le recours aux filtres ocre ad nauseam, rares sont les signes distinctifs trahissant la patte du réalisateur de "Traffic" ou "Ocean’s Eleven" - sans même remonter jusqu’à "Sexe, mensonges et vidéo" qui, au fil des ans, finirait presque par apparaître comme un lointain heureux accident de début de parcours.

Mike (Channing Tatum), un strip-teaseur professionnel, sort de l’ornière Adam (Alex Pettyfer), ex-futur champion de football, pour en faire la nouvelle coqueluche de ses dames. Cette resucée de "Studio 54" ou de "Boogie Nights" offre une perspective inversée : le point de vue n’est pas celui de l’impétrant, mais du routier. On est loin, aussi, de "Full Monthy" et ses chippendales pieds nickelés : les gaillards sont ici de vraies bêtes de sexe et sans complexe.

A force de vouloir aseptiser son sujet - jusqu’à la romance guimauve entre Mike et la sœur bossy d’Adam (Riley Keough) -, Soderbergh dote "Magic Mike" d’une tonalité morne. L’inévitable scène de catharsis démontre, par ailleurs, (bien qu’involontairement) les limites du toy boy Channing Tatum. Dans la foulée de "Killer Joe" (qu’on découvrira en Belgique en septembre), Matthew McConaughey réitère un numéro de redneck flamboyant sur un mode plus allumé, certes, mais répétitif malgré tout.

Prolifique, Magic Soderbergh finit par brouiller les pistes de ses intentions dans un film sans point de vue sur son sujet. Faut-il y chercher une tentative de former un diptyque improbable avec "Haywire", son dernier (et récent) film où il triturait les codes du film d’action avec une très musclée héroïne dans un premier rôle percutant ? On lui répliquerait alors qu’inverser les stéréotypes en ramenant les hommes au rang d’objets sexuels n’est à l’avantage de personne, a fortiori si c’est pour perpétuer leur domination : quand eux vendent leur corps, c’est qu’ils sont bien dans leur peau et en gardent le contrôle

Passé une scène de vestiaires plutôt prometteuse en introduction, la mise en abyme, même pas crue, du consumérisme hédoniste de ces puritains d’Américains, ne contient pas l’embryon d’une authentique provocation (façon Farelli Brothers ou Apatow Connection) ou d’une sincère réflexion. "Magic Mike" souffre en permanence d’un manque de rythme et d’inspiration. Quant à la multiplication de numéros de strip-tease au premier degré, les amatrices (ou amateurs) de beefcake et de plaquettes de chocolat savoureront mieux un authentique spectacle. Est-ce finalement l’inconscient du réalisateur qui s’exprime à travers ses personnages ? Entre le wonder boy au talent gâché qui se prostitue ou l’exhibitionniste vieillissant qui décide d’arrêter de perdre son temps, qui choisira-t-il d’être ? Réponse, peut-être, au prochain épisode d’une filmographie décidément intrigante.

Réalisation : Steven Soderbergh. Avec Channing Tatum, Alex Pettyfer, Riley Keough, 1h50.