Mon "amah", ma mère

Ah-Tao est une "amah", une domestique à vie, au service d’une famille de Hong Kong depuis soixante ans. Roger est le dernier membre de celle-ci à ne pas avoir quitté la ville. Lorsque Ah-Tao est victime d’une crise cardiaque et contrainte d’intégrer une maison de retraite, le jeune producteur prend à son tour en charge la vieille dame qui lui a été dévouée toute sa vie.

A.Lo.

Ah-Tao est une "amah", une domestique à vie, au service d’une famille de Hong Kong depuis soixante ans. Roger est le dernier membre de celle-ci à ne pas avoir quitté la ville. Lorsque Ah-Tao est victime d’une crise cardiaque et contrainte d’intégrer une maison de retraite, le jeune producteur prend à son tour en charge la vieille dame qui lui a été dévouée toute sa vie.

Ann Hui fit débuter Andy Lau il y a trente ans dans "Boat People". La réalisatrice retrouve cet acteur, comptant désormais parmi les plus populaires du cinéma de Hong Kong, et le réunit avec Deanie Ip, qui a partagé sept fois l’affiche avec son cadet. Ce rapport entre les deux acteurs suffirait déjà à sublimer "A Simple Life" : chaque scène entre Lau et Ip est un moment de grâce - ce qui a valu à l’actrice la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine à Venise, en 2011. Mais c’est aussi un scénario inspiré par la relation authentique que le producteur Roger Lee entretint avec l’"amah" de ses parents. Le scénario conserve cet ancrage cinématographique. Le Roger du film évolue dans le petit monde du cinéma de Hong Kong : on reconnaît plusieurs figures célèbres de la scène locale, notamment Tsui Hark, dans son propre rôle de réalisateur roué et roublard, assumé avec humour.

A l’image des relations qui l’ont inspiré, "A Simple Life" est une œuvre à l’amour et la générosité communicatives. Le scénario et la mise en scène évitent le mélodrame, même si l’émotion est plus d’une fois au rendez-vous. Touchante est notamment la scène où Roger découvre qu’Ah-Tao a conservé dans sa chambre tous les souvenirs de son enfance - telle une mère. D’un caractère bien trempé, Ah-Tao ne peut s’empêcher de continuer à rendre service aux autres. Mais il y découvre aussi des interactions sociales nouvelles. Et attend avec plus en plus d’impatience les visites de celui qui, pour sa plus grande fierté, se présente comme son filleul. Bien que rendant compte d’une réalité sociale chinoise, en soulignant notamment la disparition des "amah" traditionnelles avec l’arrivée des domestiques étrangères, "A Simple Life" recèle une vraie portée universelle dans sa peinture de relations intergénérationnelles dissolues ou de la solitude urbaine. Mais sa foi en la puissance des liens du temps - plus encore que ceux du sang - évite à cette œuvre délicate et pleine de pudeur tout misérabilisme.

Réalisation : Ann Hui. Scénario : Susan Chan, Roger Lee. Avec Deanie Ip, Andy Lau 1h57.