L’homme qui ne voulait pas être célèbre

Comme tous les matins, Martin Kazinski (Kad Merad), 43 ans, célibataire, sans enfant, se rend dans l’usine de recyclage de composants électroniques où il supervise le travail de handicapés. Mais voilà que dans la rame de métro, une jeune femme le regarde avec insistance.

L’homme qui ne voulait pas être célèbre
©n.d
A. Lo.

Comme tous les matins, Martin Kazinski (Kad Merad), 43 ans, célibataire, sans enfant, se rend dans l’usine de recyclage de composants électroniques où il supervise le travail de handicapés. Mais voilà que dans la rame de métro, une jeune femme le regarde avec insistance. Puis un, deux, trois voyageurs l’interpellent par son nom, deux ados le prennent en photo avec leur smartphone Face à l’agitation naissante, Martin sort à grand-peine de la voiture

"Qui est Martin Kazinski ?" devient la question qui tourne en boucle sur les médias, à la "une" de la presse people et sur Internet, où les vidéos de lui filmées à la sauvette génèrent des centaines de milliers de clics. Dépassée par une célébrité incompréhensible, la nouvelle star est contactée par Fleur (Cécile de France), productrice d’un talk-show, qui flaire autant le bon coup médiatique que l’occasion de jeter un pavé dans la mare médiatique.

Le gars "normal" qui rêve des sommets, c’est dans l’air du temps. On en fait de la téléréalité, des blogs, des buzz, des pages Facebook, des tonnes et même des présidents. Xavier Giannoli en a déjà traité des dessous -le crooner de province dans "Quand j’étais chanteur", l’escroc providentiel dans "A l’origine". Mais que se passe-t-il quand un impétrant malgré lui ne veut pas de la célébrité ? Adaptant "L’Idole", de Serge Joncour, Giannoli explore cette proposition qui éclaire les excès de la pipolisation de la société. Kad Merad est parfait dans le rôle. Trop, même : un instant, son sempiternel regard de chien battu, ses épaules voûtées, sa bonne conscience portée dans son petit sac en plastique agacent. Au point que le film s’en sert : "Arrêtez de jouer la victime !", lui lance un télé-psy. Et Martin, comme tous ceux qui ont leur quart d’heure de célébrité, finira par susciter la haine de ceux qui l’idolâtraient la veille - parce qu’il refuse de jouer le jeu ?

Critique de notre société médiatique, à l’heure des infos virales, "Superstar" contient plus d’une scène forte et savoureuse - comme ce dialogue de sourds entre Martin et le patron d’une chaîne de télévision. Le trait paraît à peine forcé sur les affres de la célébrité, la folie médiatique ou la curie populaire. Est même crédible la spirale infernale où la célébrité entretient la célébrité, jusqu’à créer un monstre médiatique.

Mais sur la longueur, le scénario souffre de son caractère démonstratif, là où le simple précepte absurde et surréaliste de départ aurait suffi à faire une comédie intelligente et plus incisive. Un rien trop sage et consensuel, Giannoli retombe sur ses pattes en réunissant progressivement autour de Martin une galerie de portraits de rebuts, originaux ou has been de la société. On y retient au passage l’interprétation parfaitement dans le ton de Louis-Do de Lencquesaing en réalisateur cynique, acteur a priori inattendu dans ce cinéma - la même audace dans les rôles principaux eut peut-être été bienvenue : un quidam aurait donné à Martin et au film plus de pertinence.

Réalisation et scénario : Xavier Giannoli, d’après "L’Idole", de Serge Joncour. Avec Kad Merad, Cécile de France, Louis-Do de Lencquesaing 1h52.