L’indigné

Son nom est Porfirio Ramirez. Ce film est son histoire, sa geste, qu’il chantera d’ailleurs en point d’orgue final. Austère dans sa forme - bressonien diront les cinéphiles adeptes de la politique des auteurs - "Porfirio" est profondément riche. Alejandro Landes signe une œuvre noble et engagée, portrait d’un homme rivé à une chaise roulante.

A.Lo.

Son nom est Porfirio Ramirez. Ce film est son histoire, sa geste, qu’il chantera d’ailleurs en point d’orgue final. Austère dans sa forme - bressonien diront les cinéphiles adeptes de la politique des auteurs - "Porfirio" est profondément riche. Alejandro Landes signe une œuvre noble et engagée, portrait d’un homme rivé à une chaise roulante.

Pour connaître les tenants et les aboutissants de son état - qui ont défrayé la chronique en Colombie le 12 septembre 2005 -, Landes refuse toutes les facilités d’une reconstruction dramatique ou l’approche plus directe d’un documentaire qui se voudrait explicatif. Il opte pour un naturalisme frontal : suivre le quotidien de Porfirio. C’est son fils Lissin, jeune homme sans emploi, ou sa voisine Yor qui doivent à tour de rôle le laver ou le porter de son lit à sa chaise, de sa chaise à son lit. Pour subsister, Porfirio vend des minutes sur son téléphone portable aux habitants de son quartier. Il a ses petits instants de bonheur : voir Yorin danser, lui faire l’amour Mais ses journées sont à peine variées. Il s’accroche à son combat contre les autorités du pays, responsables de son état, pour obtenir une indemnisation - mais doit poursuivre un avocat invisible jusque dans les locaux de celui-ci. Ces petits riens accumulés révèlent progressivement l’histoire de cet homme au visage impassible et le conduisent vers une solution désespérée pour tenter de faire entendre sa voix.

En maintenant les deux actes qui ont marqué la vie de Porfirio hors champ, Landes démontre une rare intégrité artistique, balayant le spectaculaire pour rendre l’ordinaire exemplaire. Filmant à hauteur d’homme - ou, plus précisément, à mi-hauteur, celle à laquelle est contrainte Porfirio - Landes réussit même la prouesse remarquable de dépasser la spécificité de son sujet : l’injustice que vit et que ressent Porfirio Ramirez fait écho à des milliers d’histoires semblables ou proches que l’on entend à travers le monde, celles d’hommes ou de femmes victimes collatérales de sociétés à la dérive, de politiques autoritaires ou de simples bavures. Sa mise en scène, de surcroît, est émaillée de moments de grâce, tableaux éloquents ou purement poétiques.

Réquisitoire sans démonstration, film engagé sans politique, réflexion sur le désespoir dénuée de complaisance, "Porfirio" rend à son sujet sa dignité d’homme et de citoyen indigné.

Réalisation et scénario : Alejandro Landes. Avec : Porfirio Ramirez Aldana, Jarlinsson Ramirez Reinoso, Yor Jasbleidy Santos Torres, 1h46