De Palma en mode série B

Cinq ans après "Redacted", Brian De Palma faisait son grand retour vendredi à la Mostra avec "Passion". Cinq ans, cela semble beaucoup pour accoucher de ce remake paresseux de "Crime d’amour", le dernier film d’Alain Corneau (2010).

Hubert Heyrendt, envoyé spécial à Venise
De Palma en mode série B
©afp

Cinq ans après "Redacted", Brian De Palma faisait son grand retour vendredi à la Mostra avec "Passion". Cinq ans, cela semble beaucoup pour accoucher de ce remake paresseux de "Crime d’amour", le dernier film d’Alain Corneau (2010). Coproduction franco-allemande, cette série B sans âme n’est pas en effet ce que De Palma a fait de mieux et constitue sans aucun doute le film le plus faible de la compétition.

Si le réalisateur reste virtuose, il oublie de rendre son film crédible. Sans cesse au second degré, jouant sur les codes du genre et les références hitchcockiennes, De Palma se fend d’un petit polar lourdaud : grosses ficelles, rebondissements en cascade, musique et mise en scène appuyées, jeu outré Ce jeu du chat et de la souris, entre la patronne d’une boîte de pub et sa brillante employée (Rachel McAdams prenant la place de Kristin Scott Thomas et Noomi Rapace celle de Ludivine Sagnier), devrait être vénéneux et ambigu, il tourne rapidement au ridicule.

On retrouve chez De Palma le goût pour les apparences et les faux-semblants, multipliant toujours les types d’images (téléphones portables, caméras de surveillance ). En cela, "Passion" entretient des liens évidents avec ses films du début des années 1980 comme "Pulsion", "Blow Out" ou "Body Double". Mais l’Américain se contente ici d’être un pur styliste, dont la mise en scène tourne à vide. Hormis si l’on est un fan absolu de son cinéma, "Passion" se résume donc malheureusement à un tout petit film d’exploitation au charme "eighties"

Dernière entrée de la compétition, "Un giorno speciale" conte la journée de liberté d’une très jolie jeune fille et du chauffeur du parlementaire chez qui elle a rendez-vous. L’occasion pour Francesca Comencini de poursuivre son combat féministe. On se souvient en effet qu’elle et sa sœur Cristina, également réalisatrice, étaient à l’origine des manifestations qui avaient fait descendre plus d’un million de personnes dans les rues en février 2011 pour demander le respect des femmes italiennes et la démission de Silvio Berlusconi.

Avec pudeur, c’est le sort de ces starlettes réduites au statut de jouets d’hommes politiques sans scrupule qui est retracé ici. Cette jeune Giulia, apprentie comédienne que son agent destine à un autre "usage", ç’aurait pu être Giulia Valentini, qui fait ici des débuts convaincants devant la caméra. Elle en a l’âge, la beauté ; elle a peut-être dû faire face, comme elle à des propositions embarrassantes ou déplacées. Elle offre en tout cas toute la candeur nécessaire à cette enfant de banlieue n’ayant comme seul atout pour s’en sortir que son physique.

Si le sujet est fort, Francesca Comencini livre malheureusement un film à la réalisation un peu trop sage, qui ne parvient pas toujours à rendre compte du déchirement moral de son héroïne. Même si elle offre quelques scènes d’innocence réussies entre deux jeunes gens rêvant d’une vie meilleure mais à qui la société n’offre pas leur chance