Cet obscur objet du mépris

Tous les jours, Fayza doit prendre le bus 678 pour se rendre à son travail. Mais cette jeune femme mariée, mère de deux enfants et musulmane pratiquante, développe une phobie croissante : elle y est l’objet d’attouchements. Dans une société où dénoncer une agression sexuelle signifie paradoxalement le déshonneur de la victime, Fayza se tourne en désespoir de cause vers Seba, une femme de la haute bourgeoisie, qui a organisé un groupe de rencontres après avoir elle-même été pratiquement violée au milieu d’une foule de supporters de football.

A.Lo.

Tous les jours, Fayza doit prendre le bus 678 pour se rendre à son travail. Mais cette jeune femme mariée, mère de deux enfants et musulmane pratiquante, développe une phobie croissante : elle y est l’objet d’attouchements. Dans une société où dénoncer une agression sexuelle signifie paradoxalement le déshonneur de la victime, Fayza se tourne en désespoir de cause vers Seba, une femme de la haute bourgeoisie, qui a organisé un groupe de rencontres après avoir elle-même été pratiquement violée au milieu d’une foule de supporters de football.

Le réalisateur égyptien, Mohamed Diab, s’empare d’un véritable tabou pour ce film à la vocation exemplaire - inspiré du cas réel de Noha Rushdi, une jeune femme qui a déposé plainte malgré les pressions. Au prix d’un scénario un peu artificiel qui fait se croiser tous les protagonistes, Diab dénonce la loi du silence. Sa mise en scène mêle naturalisme et emphase dramatique, lorgnant vers le cinéma d’Alejandro González Inarritu.

L’auteur évite les réponses toutes faites, notamment concernant l’explication sociologique du phénomène. Il évite, notamment, la réponse facile du contexte religieux ou culturel pour préférer l’explication de la frustration économique et sexuelle : comme le film le souligne, les agresseurs sont souvent des hommes contraints au célibat, car de souche trop pauvre pour pouvoir envisager un mariage. D’autres pays, comme le Mexique ou l’Inde, sont d’ailleurs frappés par le même fléau.

Mais le prisme de la dramatisation a des effets pervers : tous les hommes égyptiens apparaissent comme des obsédés sexuels. Ménageant la chèvre et le chou, le réalisateur crée un "panel" de victimes un peu trop représentatif, tout en imposant un commissaire dramatiquement intéressant, mais qui paraît trop idéalisé pour être crédible - comme pour dédouaner lui seul tout un système : le film n’ose d’ailleurs pas interroger la responsabilité individuelle de ceux qui se taisent.

"Les femmes du bus 678" n’en a pas moins une résonance particulière quand on sait que plusieurs cas de harcèlement et de viol ont eu lieu sur la place Tahrir. Difficile aussi de ne pas penser au récent "Femmes de la rue", de Sophie Peeters, qui a défrayé la chronique en Belgique. Car au-delà du contexte géographique et culturel, le machisme ordinaire qui veut transformer les victimes en responsables de leur agression (remember les remugles de l’affaire DSK) est d’un singulier universalisme.

Réalisation et scénario : Mohamed Diab. Avec Nahed El Sebai, Boushra, Nelly Karim, Omar El Saeed, Basem El Samra, 1h40