Quand j’étais ado

Rien ne va plus dans la vie de Camille. Sa carrière d’actrice touche le fond (elle joue les égorgées dans un film gore mis en scène par Riad Sattouf !), elle vide ceux des bouteilles de whisky, et Eric, l’amour de sa vie (25 ans !), la quitte pour une jeunette C’est la veille du réveillon de Nouvel An; Camille décide d’aller au réveillon organisé par ses vieilles copines de lycée. En chemin, elle s’arrête chez un horloger métaphysicien (Jean-Pierre Léaud) pour se faire retirer sa bague de fiançailles et réparer la montre de sa mère. Un exposé sur le temps plus tard, Camille fait la bombe, se bourre la gueule et sombre dans un coma éthylique pour se réveiller vingt-cinq ans plus tôt. Elle a à nouveau 16 ans, sa mère est toujours en vie, Nena chante "99 Lufthballons" dans les walkmans, les garçons portent des vestes à épaulettes, les filles des jeans à leggins Surtout, Eric n’est encore qu’un garçon parmi d’autres et Camille, qui connaît trop bien la fin de la chanson, a une furieuse envie d’en changer la partition.

A.Lo.

Rien ne va plus dans la vie de Camille. Sa carrière d’actrice touche le fond (elle joue les égorgées dans un film gore mis en scène par Riad Sattouf !), elle vide ceux des bouteilles de whisky, et Eric, l’amour de sa vie (25 ans !), la quitte pour une jeunette C’est la veille du réveillon de Nouvel An; Camille décide d’aller au réveillon organisé par ses vieilles copines de lycée. En chemin, elle s’arrête chez un horloger métaphysicien (Jean-Pierre Léaud) pour se faire retirer sa bague de fiançailles et réparer la montre de sa mère. Un exposé sur le temps plus tard, Camille fait la bombe, se bourre la gueule et sombre dans un coma éthylique pour se réveiller vingt-cinq ans plus tôt. Elle a à nouveau 16 ans, sa mère est toujours en vie, Nena chante "99 Lufthballons" dans les walkmans, les garçons portent des vestes à épaulettes, les filles des jeans à leggins Surtout, Eric n’est encore qu’un garçon parmi d’autres et Camille, qui connaît trop bien la fin de la chanson, a une furieuse envie d’en changer la partition.

Après un octogénaire qui s’offre une nouvelle jeunesse en refusant d’être enterré vivant dans "Faut que ça danse !", Noémie Lvovsky poursuit son obsession du temps qui passe et de l’opposition entre âge physique et âge rêvé. L’idée du voyage dans le temps sentimental n’est pas neuve. La réalisatrice a un jour cité, dans un questionnaire, Francis Ford Coppola parmi ses réalisateurs fétiches. On pense donc immanquablement à "Peggy Sue s’est mariée" qui flirte avec le même argument dramatique. On peut y greffer un zeste de "Retour vers le futur" pour la tentative de modifier le destin des parents. On note aussi que l’idée semble tarauder toute une génération de créateurs : la bande dessinée, "Quartier Lointain", de Jirô Taniguchi, adapté à l’écran par Sam Garbarski, permettait aussi à un quadra de redire à temps à ses parents qu’il les aime; dans "La vie d’une autre", Juliette Binoche effectuait, elle, le voyage inverse, passant instantanément de la première nuit d’amour à la fin amère de l’histoire.

Mais peu importent ces similitudes et ses récurrences. Le film de Noémie Lvovsky a sa propre originalité qui est un coup de culot monstre et l’objet de décalages hilarants : l’actrice quadragénaire reste elle-même dans la peau de l’ado. La voir fringuée comme telle, dans les sapes eighties, est en soi un comique de situation, mais sert le récit, puisqu’il est clair à chaque instant que l’adulte est autrement plus mûre et consciente que ceux qui l’entourent. Et sa jubilation retrouvée à faire des conneries d’ados est sacrément communicative. Cette bonne humeur, posée sur la gravité des questions soulevées par ce récit fantastique (peut-on modifier le cours du destin ? Qu’est-ce qui détermine nos choix), se propage à tous les acteurs. C’est que la réalisatrice a convié bien des amis à la fête : Michel Vuillermoz et Yolande Moreau forment un couple parental à la fois savoureux et bouleversant - surtout la dernière, encore une fois au sommet de son art. Mathieu Amalric signe un cameo dont il a le secret en prof de littérature vieux garçon et coincé. Et Denis Podalydès, décidément omniprésent sur les écrans français et en grande forme dramatique, déboule, flamboyant, dans un rôle qui s’avérera déterminant. Autour, les pseudoados sont tout aussi justes, tantôt dans leurs gaucheries sentimentales, tantôt dans leurs failles effectives.

Sous ses atours de comédie - réussie - "Camille redouble" permet à Noémie Lvovsky de sublimer le meilleur de ses talents d’auteurs. Vivement qu’elle retriple.

Réalisation : Noémie Lvovsky. Scénario : Noémie Lvovsky et Florence Seyvos. Avec Noémie Lvovsky, Yolande Moreau, Denis Podalydès, Michel Vuillermoz, 2h.