La mort vous va si bien

Patrice Leconte peut remercier l’indigence de nos dirigeants et les banquiers incorrigibles : quelque quatre ans après la mise en chantier de son adaptation du "Magasin des suicides", de Jean Teulé, ses personnages sont toujours dans l’air du temps lorsqu’ils chantent en intro de son film : "Avec la crise/Qui nous défrise/Quoi de plus doux qu’une mort exquise ?"

Alain Lorfèvre

Patrice Leconte peut remercier l’indigence de nos dirigeants et les banquiers incorrigibles : quelque quatre ans après la mise en chantier de son adaptation du "Magasin des suicides", de Jean Teulé, ses personnages sont toujours dans l’air du temps lorsqu’ils chantent en intro de son film : "Avec la crise/Qui nous défrise/Quoi de plus doux qu’une mort exquise ?"

La famille Tuvache fait commerce de la mort à souhait : corde pour pendaison (tabouret en option), armes à feu en tout genre (avec une balle : plus, c’est superflu), poisons à foison, sabre pour seppuku (hara-kiri, c’est vulgaire) Il y en a pour tous les désespérés. Tout va pour le pire dans le plus triste des mondes, où même les pigeons passent de vol à trépas, jusqu’au jour où madame et monsieur Tuvache donnent naissance à Alan, un bébé qui sourit. Du bonheur ? Mais quelle horreur !

Patrice Leconte, en rupture d’inspiration dans le cinéma "en images réelles", adapte, sous forme de dessin animé, le roman éponyme de Jean Teulé, à l’humour délicieusement noir. Un retour aux sources pour ce réalisateur qui fit ses débuts chez "Pilote" au début des années septante - Teulé lui-même signa en son temps des planches expérimentales très remarquées. Pour s’approprier le matériau, Leconte le traite lsous forme de comédie musicale. Le résultat est malheureusement en demi-teinte. La direction artistique est réussie, avec un graphisme acéré et des couleurs passées, dans le ton lugubre requis. Et bien que l’animation soit en 2D traditionnelle, l’ajout de la 3D Relief - même si elle n’apporte fondamentalement rien au récit - est techniquement maîtrisé.

Mais Leconte ne parvient pas à exploiter l’univers. Le récit ne décolle jamais, la faute à un traitement qui relève de la juxtaposition de moments et des séquences chantées répétitives - mêmes rythmes, mêmes rimes Lorsqu’une vague intrigue se met en place, son développement tourne court. La machination mise en place par Alan et sa bande de copains (les cancres "joyeux" de l’école - argument jamais exploité, au demeurant), pour dérider les siens, apparaît aussi singulièrement hors de propos. Le récit tourne en rond, à l’image d’une dernière séquence happy few où l’équipe s’est manifestement fait plaisir en s’autocaricaturant. Faute de trancher entre l’œuvre au noir ou la comédie acide, les auteurs se sont tiré une balle dans le pied.

Réalisation : Patrice Leconte. Avec les voix de Bernard Alane, Isabelle Spade, Kacey Mottet Klein 1h25.

Le Magasin des suicides sort en salles le 3 octobre, mais est présenté en avant-première au festival du film francophone de Namur le 1er octobre.