La première venue

Comment dit-on muse au masculin ? Cette lacune de la langue française, attachée aux genres au point d’être exclusive, pose en l’espèce un problème au critique. Car la réalisatrice, Amélie van Elmbt, est inspirée par un illustre aîné dans cette œuvre, autant hommage que déclaration. "La tête la première" évite la posture par l’apparition in fine de l’intéressé, qui se prête au jeu, l’œil pétillant de malice, dans le rôle transparent d’un vieil écrivain séducteur, objet des fantasmes d’une jeune fille.

A.Lo.

Comment dit-on muse au masculin ? Cette lacune de la langue française, attachée aux genres au point d’être exclusive, pose en l’espèce un problème au critique. Car la réalisatrice, Amélie van Elmbt, est inspirée par un illustre aîné dans cette œuvre, autant hommage que déclaration. "La tête la première" évite la posture par l’apparition in fine de l’intéressé, qui se prête au jeu, l’œil pétillant de malice, dans le rôle transparent d’un vieil écrivain séducteur, objet des fantasmes d’une jeune fille.

Celle-ci, Zoé, rencontre par hasard Adrien au bord d’une route. Fasciné par la jeune fille, il décide de la suivre. Effrontée et insaisissable, Zoé semble vivre d’amour et d’eau fraîche. Adrien, probable futur père de l’enfant d’une autre, rêve d’un baiser. Plus la belle se dérobe, plus l’autre s’accroche. On y retrouve le début de bien des "premiers films", mais l’allusion à au moins un des films du maître d’Amélie Van Elmbt. À la lettre, "La tête la première" est aussi tout entier imprégné d’un certain cinéma français, caractéristique qui pourrait être rédhibitoire si une salvatrice distance n’était apportée par les dialogues et David Murgia. D’un naturel et d’une ironie caustique permanents, le comédien belge annihile toute prétention. Jamais dupe des situations, il met dans sa poche aussi bien la réalisatrice, sa partenaire ou les figurants. Alice de Lencquesaing le suit plutôt bien dans ce registre. Et si Zoé parle comme un livre, c’est que l’histoire veut qu’elle en lise beaucoup. Acceptons donc cette drôle de rencontre, ce drôle de couple et leur drôle de pèlerinage : le bout du chemin sera à Lisieux, chez Thérèse. Amélie van Elmbt oppose à la dévotion les multiples ressorts de l’amour. Ce film, unique en son genre, le restera peut-être aussi de par sa nature très personnelle. Ce qui ne l’empêche pas de séduire et toucher, que l’on reconnaisse ou non l’obscur objet du désir de Zoé et d’Amélie

Réalisation et scénario : Amélie van Elmbt.Avec : Alice de Lencquesaing, David Murgia. 1h40