L’appel de la mère

Ouverture trompeuse : dans un appartement, une femme d’âge mûr, Helena (Victoria Abril), embrasse passionnément un jeune homme, Noah (Dimitar Gjorgjievski), lequel tente bientôt de la violer, avant de se suicider. On découvre aussitôt le lien qui les unissait et la raison de la mort de Noah. Changement de décor : dans un village de montagne macédonien, Ajsun (Labina Mitevska) mène une vie austère avec son jeune fils, Ilkin. Elle subit l’opprobre de son père Ismail (Firdaus Nebi), pour avoir été mise enceinte par Lucian (Arben Bajraktaraj), qui a quitté le pays pour l’Europe occidentale dans l’espoir de ramener assez d’argent pour épouser Ajsun. Lucian, condamné en France pour trafic de drogue se retrouve sous l’autorité judiciaire d’Helena. Laquelle va bientôt tout risquer pour réunir Lucian et Ajsun.

A.Lo.

Ouverture trompeuse : dans un appartement, une femme d’âge mûr, Helena (Victoria Abril), embrasse passionnément un jeune homme, Noah (Dimitar Gjorgjievski), lequel tente bientôt de la violer, avant de se suicider. On découvre aussitôt le lien qui les unissait et la raison de la mort de Noah. Changement de décor : dans un village de montagne macédonien, Ajsun (Labina Mitevska) mène une vie austère avec son jeune fils, Ilkin. Elle subit l’opprobre de son père Ismail (Firdaus Nebi), pour avoir été mise enceinte par Lucian (Arben Bajraktaraj), qui a quitté le pays pour l’Europe occidentale dans l’espoir de ramener assez d’argent pour épouser Ajsun. Lucian, condamné en France pour trafic de drogue se retrouve sous l’autorité judiciaire d’Helena. Laquelle va bientôt tout risquer pour réunir Lucian et Ajsun.

Il y a deux femmes dans ce film, Helena et Ajsun. La famille de la première est détruite, celle de la seconde peut encore être reconstruite. La première vient du vieil Ouest, la seconde de l’ex-Europe de l’Est : métaphore des atermoiements d’une Europe à la dérive ?

Teona Strugar Micevska s’était fait remarquer avec son deuxième film, "I Am from Titov Veles" (2008). Produisant ses films en famille (avec son frère Vuk et sa sœur Labina, par ailleurs interprète du film), elle est la seule réalisatrice macédonienne.

Flirtant avec le réalisme magique, osant une structure parallèle qui paraîtra incongrue à un public de moins en moins rompu aux choix radicaux, "Louves" souffre d’imperfections, conséquences peut-être indirectes de son complexe montage financier (à cheval sur quatre pays européens, dont la Belgique) et des multiples casquettes des sœurs Mitevska : Teona réalise et écrit, Labina produit et interprète. Si les deux histoires intimes se font écho, celle d’Ajsun aurait sans doute suffi à faire un film. Le personnage de Victoria Abril ne prend toute son ampleur que dans la dernière partie du film et la scène d’ouverture œdipienne paraît a posteriori en porte-à-faux avec l’ancrage de la partie macédonienne. Car sur son terrain, la réalisatrice saisit derrière sa pure fiction une réalité sociale et culturelle, celle des Juruci, une communauté d’origine turque qui, à l’instar des Amish américains, vit dans ses traditions ancestrales, refusant toute modernité. Teona Mitevska creuse un sillon aux marges de toutes les tendances, y compris celle du cinéma d’auteur, qui peut lui-même souffrir de conventions lassantes. Avec ses personnages de mères résistantes - les louves du titre français, pour une fois plus approprié que le titre international "The Woman Who Brushed Off Her Tears" - avec une dernière demi-heure impressionnante, dotée d’une véritable ampleur dramatique et cinématographique, Teona Strugar Mitevska, si elle ne s’impose pas encore cette fois auprès d’un large public, gagne le droit d’une troisième chance.

Réalisation et scénario : Teona Strugar Mitevska. Avec : Victoria Abril, Labina Mitevska, Jean-Marie Galey, 1h43

Lire notre entretien avec Victoria Abril en pages "Découvertes".