Le goût de la France

Christian Vincent ne force pas son talent avec un petit téléfilm gourmand. Catherine Frot et... Jean d'Ormesson sont en tête d'affiche.

H. H.
Le goût de la France
©Thibault Grabherr

Réélu en 1988, le Président de la République est fatigué de l’excès de raffinement de la cuisine officielle de l’Elysée. Ce dont il rêve, c’est de retrouver les recettes de son enfance. Pour s’occuper de la cuisine privée de son palais, il fait donc venir, sur le conseil de Joël Robuchon, Hortense Laborie (Catherine Frot). Débarquée du fin fond de son Périgord, celle-ci va découvrir non seulement le sens du protocole sous les ors républicains, mais aussi la jalousie du pouvoir. Car à la cuisine centrale, on ne voit pas arriver d’un bon œil ce petit bout de femme au caractère bien trempé. Avec l’aide d’un petit commis, elle va pourtant relever le défi et proposer au Président le meilleur des terroirs français, n’hésitant pas à faire venir ses truffes noires en TGV. Bonjour la note de frais !

La cuisine a plus que jamais la cote. Après les émissions de télé, voici donc les films de cuisine. Avec "Les saveurs du palais", on est heureusement un cran au-dessus du pathétique "Trois étoiles", avec Jean Reno et Michael Youn. Cette sympathique comédie est, en effet, signée Christian Vincent, plus près ici de la légèreté joyeuse de "Quatre étoiles" que du délicat "La discrète" qui le révélait en 1990. Autre gage de qualité, le scénario est cosigné Etienne Comar, l’auteur de "Des hommes et des dieux", de Xavier Beauvois. Tandis que le casting est, cela va de soi, aux petits oignons. Avec une Catherine Frot parfaite et un jeune comédien débutant de 87 ans : Jean d’Ormesson. Un choix évident pour interpréter un double à l’écran de Miterrand. Il partage avec l’ancien Président le même raffinement érudit et la même gourmandise dans les yeux. Et l’idée de prendre un lettré de droite pour jouer un Président soi-disant de gauche est un joli clin d’œil. Pourtant, on ne peut pas dire que "Les saveurs du Palais" soit une totale réussite. Malgré une mise en scène soignée, le film peine à dépasser le niveau de l’agréable téléfilm du samedi soir. Non que l’histoire de Danièle Delpeuch dont s’inspire le film (qui fut la première femme chargée de cuisiner pour Mitterrand) ne soit intéressante en soi. Mais parce que Christian Vincent dédouble de façon assez incompréhensible son récit en suivant, en parallèle, la retraite d’Hortense Laborie dans les cuisines d’une base française de l’Antarctique après qu’elle eut claqué la porte de l’Elysée. Une intrigue secondaire qui n’apporte, en creux, qu’un éclairage convenu sur la dureté du pouvoir.

Dommage, car quand il reste dans les couloirs de l’Elysée et ses intrigues de palais, quand il capture la relation entre le Président et sa cuisinière, le film se fait savoureux. D’autant que les scènes de cuisine sont diablement appétissantes. Catherine Frot a ainsi appris à préparer un superbe chou farci au saumon avec Danièle Delpeuch elle-même, qui avait déjà coaché Pierre Richard en 1996 dans "Les mille et une recettes du cuisinier amoureux". Face à cet étalage de plats aussi magnifiques les uns que les autres, comment ne pas être nostalgique d’un certain art de vivre à la française ? D’une gastronomie française classique aujourd’hui disparue ? Tout comme de la France éternelle que continuait à rêver François Mitterrand ? Et sans doute un peu également Christian Vincent


Réalisation : Christian Vincent. Scénario : Christian Vincent&Etienne Comar. Avec Catherine Frot, Jean D’ormesson, Hippolyte Girardot, Arthur Dupont 1 h 35.